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agilité d’esprit. Ce sont là des qualités qui tiennent intimement à la puissance et è l’agilità de l’immagination, c’est-à-dire à la faculté maîtresse du poète. On ne lit pas M. Spencer sans étre frappé de la richesse de son imagination. Par ce côtè il est grand poète, Le poète qui saura se rendre maître du savoir humain autant que lui, pourra s’imposer aux hommes, les contraindre à reconnaître que la poésie n’est pas un ornement d’élite, une volupté de l’esprit, mais qu’elle est une puissance destinée dans l’ordre divin des choses humaines à développer sur la terre l’intelligence et l’amour. Lorsque Littré nous parle de l’Inconnaissable, comme d’une mer qui roule des flots sans fin aux rivages où notre intelligence bornée est contrainte de s’arrêter faute de barque et de voile, lorsque Herbert Spencer en parle à peu près dans les mêmes termes pour en conclure que la religion commence où la science finit, ils ne se souviennent ni l’un ni l’autre que sur cette mer mystérieuse, franchie à tout moment par la Foi ailée, le sillon est encore visible d’un navire qui y passa jadis, toutes les voiles au vent, la voix plane encore du poète qui le gouvernait en chantant:

L’acqua che fo prendo giammai mon si corse,

«Jamais les parages où j’entre n’ont vu de na-