Pagina:Goldoni - Opere complete, Venezia 1922, XXI.djvu/300

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mais sa finesse est inutile. Arlequin marque moins d’inquiétude que jamais, ce qui redouble celle de Camille et surtout lorsqu’il l’invite à aller chez l’Avocat seule avec Célio. Elle lui dit qu’autrefois il n’en aurait pas fait autant; il lui répond qu’autrefois il était fou, et qu’à présent il veut étre sage; il rend compte en peu de mots de sa commission auprès d’Angélique, et Camille lui demande, puisqu’elle lui a dit si peu de chose, ce qu’il a fait chez elle depuis une heure qu’il est parti; il répond qu’il est reste avec Lisette pour lui parler de Scapin, et ajoûte qu’il sera enchanté que son ami épouse cette fille, dont il fait l’éloge, afin, dit-il, qu’ils puissent tous quatre demeurer ensemble. Camille qui voudrait retenir sa colére, s’agite, tremble, et finit par s’évanouir. Arlequin prie Célio de la soutenir tandis qu’il va chercher dequoi la faire revenir; elle revient avant qu’il soit de retour et voyant qu’il l’a laissée tranquillement dans les bras de Célio, elle sort au désespoir, et Arlequin ne la trouvant plus, boit à sa santé le verre de vin de Malaga qu’il lui apportait; il sent qu’il lui fait du bien, et il veut que sa chère Camille en prenne aussi, il parle avec transport da sa tendresse pour elle, et il va la trouver, lorsqu’elle vient, sans lui dire mot, remettre dans l’armoire son mouchoir, qui est tout trempé de ses larmes, et en prendre un blanc; elle veut sortir sans lui parler; il l’arréte, et lui demande ce qu’elle a; elle répond avec un sourir ironique qu’ elle n’a rien, qu’ elle se porte très-bien; il lui offre un verre de vin Malaga, elle refuse, il la presse et la prie de le prendre pour l’amour de son cher mari, qui l’aime si tendrement; le coeur de Camille est gonfle, elle ne peut plus y tenir, les sanglots lui échappent; Arlequin étonné, tremblant, ne sait pourquoi elle pleure; il pose le verre et la bouteille par terre, et la supplie avec les termes les plus affectueux de lui dire la cause de son chagrin; elle réfuse de le satisfaire; il se désespère, se jette à ses genoux, et la suit dans cette attitude, la priant de lui ouvrir son coeur; elle qui n’est pas moins émue, se jette à son col et tombe aussi à genoux, le priant de l’aimer, au moins par charité; il lui proteste qu’il l’aime, qu’il l’adore au-delà de toute expression; il se relève,