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Pagina:Goldoni - Opere complete, Venezia 1923, XXII.djvu/217

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LE BOURRU BIENFAISANT 207


M. Géronte. (Peu à peu s’attendrit, et s’essuie les yeux en se cachant de Dalancour, et dit à part) Quoi! tu oses encore!...

M. Dalancour. Ce n’est pas la perte de mon état qui me désole: un sentiment plus digne de vous m’anime, c'est l’honneur. Souffrirez-vous que votre neveu ait a rougir? Je ne vous demande rien pour nous. Que je m’ acquitte noblement; et je réponds, pour ma femme et pour moi, que l’indigence n’effrayera pas nos coeurs, quand, au sein de l’infortune, nous aurons pour notre consolation une probité sans tache, notre amour, votre tendresse et votre estime.

M. Géronte. Malheureux!... tu mériterois... Mais je suis un imbécile; cette espèce de fanatisme du sang me parle en faveur d’un ingrat! Lève-toi! traître! je paierai tes dettes; et, par là, je te mettrai peut-être en état d’en faire d’autres.

M. Dalancour. (D’un air pénétré) Eh! non, mon oncle; je vous réponds... vous verrez par ma conduite.

M. Géronte. Quelle conduite, misérable écervelé! celle d’un mari infatué, qui se laisse mener par sa femme, par une femme vaine, présomptueuse, coquette...

M. Dalancour. (Vìvement) Non, je vous jure: ce n’est point la faute de ma femme; vous ne la connoissez pas...

M. Géronte. (Encore plus vivement) Tu la défends! tu ments devant moi! Prends garde: il s’en faut peu qu’à cause de ta femme, je ne révoque la promesse que tu m’as arrachée... Oui, oui, je la révoquerai; tu n’ auras rien de moi. Ta femme, ta femme! je ne peux pas la souffrir, je ne veux pas la voir.

M. Dalancour. Ah! mon oncle, vous me déchirez le coeur!

SCÈNE VIII.

Monsieur Dalancour, monsieur Géronte, madame Dalancour.

Mde. Dalancour. Hélas! monsieur, si vous me croyez la cause des dérangemens de votre neveu, il est juste que j’en porte seule la peine. L’ignorance dans laquelle j’ai vécu jusqu’à présent, n’est pas une excuse suffisante à vos yeux. Jeune, sans