Scientia - Vol. VII/Mythenbildung und Erkenntnis; eine Abhandlung über die Grundlagen der Philosophie

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Arthur Kronfeld

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Mythenbildung und Erkenntnis; eine Abhandlung über die Grundlagen der Philosophie
Natur und Urgeschichte des Menschen Cournot et la renaissance du probabilisme au XIX siècle
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Mythenbildung und Erkenntnis: eine Abhandlung über die Grundlagen der Philosophie, - (Formation des mythes et de la connaissance: dissertation sur les fondements de la philosophie); von G. F. Lipps; Leipzig, 1907.


L’auteur prend pour point de départ de ses études philosophiques, qu’il désigne lui-même comme criticistes, l’idée, relevée avec beaucoup d’énergie et de clarté, que la réalité objective «n’existe que sous forme de distinctions et de relations établies dans la pensée». L’homme «d’un côté est une partie intégrante [p. 166 modifica] du monde et un produit de l’évolution universelle, tandis que, d’un autre côté, il ne connaît le monde que comme contenu de sa conscience et par effet des distinctions et des associations de sa pensée». «Le monde, qu’on accepte comme donné, n’existe pourtant que comme contenu de la conscience», ..... «de manière qu’il ne pourrait être question ni d’une conscience qui n’eût pour base rien d’objectif, ni d’un être ou d’un devenir objectifs qui ne fussent en quelque sorte conçus et pensés». «Ainsi il va sans dire que l’état subjectif de concevoir et de penser ne saurait être à son tour un acte objectif».

Ce fait, qui échappe à l’homme «naïf», devient l’origine de la philosophie pour l’homme critique.

Ensuite l’auteur tâche de construire le type humain naïf et sa forme de connaissance et fait surtout ressortir le rôle dévolu à la reproduction, dans le sens le plus large, pour le développement des fonctions intellectuelles: «Le fait qu’un être vivant est sujet, non seulement aux influences extérieures, mais aussi aux effets posthumes de processus objectifs antérieurs révivifiés», devient la source de distinctions et d’associations et, indirectement, la racine psychologique de toutes les explications et interprétations non critiques des actes extérieurs, lesquelles sont désignées par M. Lipps comme formations de mythes. C’est à ce point que commence pour l’homme «la conduite critique», dont l’auteur suit le développement, jusqu’au problème formulé plus haut, chez les principaux représentants de la philosophie.

L’auteur cherche l’impulsion psychique de cette émancipation de l’esprit critique uniquement dans «la révivification plus large et plus intense du passé dans le présent», laquelle aboutirait à de multiples distinctions et associations et, chose étonnante, aussi — par quel processus mental? — à faire remarquer les contradictions éventuelles de ces déterminations. Le développement de la connaissance critique s’accomplit de trois façons: «par rapport aux actes naturels objectifs, par rapport aux phénomènes subjectifs de la conscience, et par rapport à la coexistence de l’être objectif et de la conscience».

La brève appréciation que, sous ce point de vue, l’auteur fait des différents grands philosophes, ne contient pas beaucoup d’idées nouvelles; ce qui mérite d’être lu, c’est la forme très succincte dont il développe la pensée de Descartes et de Hume. Contre Kant il soulève plusieurs objections, notamment contre son esthétique transcendantale et la recherche de la conception pure comme fondement de la connaissance mathématique. M. Lipps adopte comme principe, sans le motiver, mais en le supposant exact, le point de vue que «les objets concrets de même que les objets abstraits sont impossibles, à moins qu’on ne les distingue [p. 167 modifica] entre eux et qu’on ne les rapporte les uns aux autres». Ces distinctions et ces rapports constituent les fonctions élémentaires de la pensée, et il nous faudra «admettre que les prétendues intuitions, aussi bien que les prétendues conceptions sont basées sur ces fonctions fondamentales, et qu’on aurait tort de les regarder comme de simples produits intellectuels tirant leur origine directement de la pensée concrète ou abstraite ou de quelque faculté intuitive ou imaginative». «L’espace et le temps ne sont point des formes d’intuition absolues et impossibles à déduire; car ils sont basés sur les relations générales d’ordre et de grandeur»,..... fondées dans la réflexion. «Voilà pourquoi il n’est pas juste de fonder, avec Kant, les mathématiques sur l’espace et le temps, et d’opposer à la connaissance mathématique la connaissane philosophique. Car l’espace et le temps ne sont que des champs d’application des mathématiques, tandis que celles-ci ont elles-mêmes pour objet les relations générales de grandeur et d’ordre, issues des déterminations originaires de la pensée».

«La tâche de la philosophie est donc de partir de l’effectuation des déterminations de la pensée»; et l’auteur entreprend d’accomplir cette tâche dans la deuxième partie de son livre. «Or l’effet d’une détermination se montre en ce fait qu’une chose se distingue d’une autre chose, mais en même temps lui est associée et mise en rapport avec elle». Ceci, selon M. Lipps, n’est qu’un seul et identique acte psychique. «Nous ne pouvons distinguer que les choses que nous associons dans notre conscience, et nous ne pouvons associer avec conscience que les choses que nous distinguons». L’essence de cette détermination, comme de toute autre, consiste dans ce fait «qu’une chose est conçue dans l’autre». «Ainsi la conception d’une chose dans l’autre caractérise l’essence de la détermination». Cette «détermination» elle-même n’est plus réductible à aucun motif. Pourquoi et par effet de quoi la «détermination» est possible, c’est là une question «à laquelle on ne saurait répondre et qui, raisonnablement, ne pourrait être posée».

L’auteur passe maintenant à déduire de la détermination fondamentale indiquée trois formes de déterminations comme ses «caractéristiques», sans, préciser s’il entend par là les formes logiques de jugements, les mécanismes psychologiques de la formation du jugement, ou les formes fondamentales de la connaissance (les catégories): «Les trois caractéristiques, la progression du motif à la conséquence, la régression de la conséquence au motif et la coexistence du motif avec la conséquence appartiennent donc à toute détermination. Elles forment l’essence de la détermination, qui ne pourrait point être accomplie d’une autre manière».

[p. 168 modifica]Ces «caractéristiques» constituent les possibilités de la connexion des déterminations, et d’entre les groupes de connexion M. Lipps en sépare deux comme essentiellement différents: «La réunion en série, où la conséquence d’une détermination est en même temps le motif de la détermination successive, et l’entrelacement par effet de motifs communs et de conséquences communes».

En remplaçant simplement les lettres par les indications numériques, l’auteur tire du schéma de la formation des séries cette thèse: «que la série des nombres n’est autre chose que le développement objectif de la série primitive». Et comme la détermination en séries ne pourrait suffire comme fondement des mathématiques, l’auteur, comme nouvelle caractéristique, trouve l’«itération» de ces déterminations. Sont itératives les déterminations «qui, en dehors de leur connexion sériale (exigée a priori par l’itération), offrent aussi des relations entre le tout et ses parties, et entre les membres équipollents d’une multiplicité, et par là ouvrent l’accès au champ général des mathématiques, basé sur les relations de grandeur et d’ordre». Et dans la suite un certain nombre de conceptions fondamentales de l’arithmétique est logiquement déduit de la réflexion, suivant cette «théorie de la détermination». Il est vrai que M. Lipps proteste contre le point de vue des recherches modernes, telles qu’elles ont été entreprises surtout par Frege; mais pourtant il fait cette concession: «ainsi, si l’on veut, les mathématiques peuvent être regardées comme une discipline logique».

Dans une troisième partie l’auteur donne l’application de sa théorie critique de la détermination en faisant voir qu’elle «détermine» l’existence de la réalité objective, de tout ce qui a trait au temps et à l’espace, du monde matériel et de ses phénomènes, et enfin de la conscience elle-même. Cette tentative, trop audacieuse dans sa brièveté pour nous faire accepter ses résultats, fait souvent soulever des objections et ne saurait être reproduite d’une manière succincte. Pour préciser notre opinion sur la théorie de M. Lipps, nous sommes d’avis que les termes: «concevoir, déterminer» etc. ne sont pas des notions assez claires et manquent aussi de clarté psychologique. Aussi la notion de l’itération, telle que l’auteur la formule, est obscure. Si l’auteur, en outre, dans la formulation du problème désigné par lui comme «conduite critique», n’entend que dérouler le problème de la relation entre les phénomènes extérieurs et intérieurs (subjectifs, comme il les appelle), il commet, en tâchant de le résoudre, l’erreur, déjà souvent reprochée à Wundt, de confondre l’objet et le contenu de la représentation. Que si, au contraire, il entend discuter la relation entre l’objet en soi de la connaissance et [p. 169 modifica] cette connaissance en général, toute discussion devient inutile, tant qu’il n’aura pas montré, comment il parviendra d’émettre sur cette relation n’importe quel jugement, puisque l’objet de la connaissance ne lui est donné que dans cette connaissance même, qu’il ne pourra jamais dépasser. Sa «théorie de la détermination» présente quelques analogies avec les recherches théoriques-objectives de Meinong, tout en restant inférieure à celles-ci en profondeur et en pénétration logique. Il serait à désirer que M. Lipps eût tenu compte de ces recherches et aussi d’autres ouvrages appartenant à cet ordre d’études. Une de ses opinions qui mérite le moins d’approbation c’est son idée erronée de l’esthétique transcendantale de Kant et sa théorie de déduire de la logique l’arithmétique. Il aurait dû infirmer en quelque sorte le principe établi par Kant que les jugements de la logique sont analytiques, tandis que ceux des mathématiques sont synthétiques. Car cette distinction est bien le fondement sur lequel Kant construisit son esthétique transcendantale. Hessenberg, dans sa «Critique des mathématiques» et, d’une manière semblable, aussi Nelson, dans ses «Recherches sur la géométrie non-euclidienne et l’Origine de la Certitude mathématique», ont largement tenu compte de ce problème.

Heidelberg, Psychiatrische Universitätsklinik.

Note