Pagina:Scientia - Vol. VII.djvu/170

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162 “scientia„

De cette manière de voir, que Poincaré a manifestée depuis longtemps déjà, on trouvera ici un ample développement, si l’on prend seulement la peine de rapprocher les différents chapitres où il en est question.

Ainsi, dans le premier chapitre, dont le titre est justement choix des faits, la thèse est énoncée et l’auteur, après l’avoir appuyée par plusieurs arguments, en indique en passant une sorte de justification a priori moyennant des hypothèses d’adaptation et de sélection naturelle. Dans le deuxième chapitre, où il décrit en quelque sorte quel sera de toute probabilité l’avenir des mathématiques, il fait remarquer que, si la recherche de l’utile (à laquelle doivent justement tendre les plus grands efforts des savants) était entendue d’une façon trop étroite, elle aboutirait à une stagnation des recherches théoriques et, par conséquent, à un dommage économique. Ensuite, dans le troisième chapitre, qui constitue un intéressant essai de psychologie de l’invention, il a encore une fois recours à sa thèse préférée pour expliquer comment il se fait que les découvertes les plus importantes se présentent à l’esprit humain, non pas à la suite d’efforts soutenus, conscients et conséquents, mais par des révélations soudaines qui éclairent tout à coup ce qui paraissait tout à l’heure inexorablement condamné à demeurer dans les ténèbres.

Le travail conscient ne guide à la découverte qu’en tant qu’il provoque et met en mouvement l’automatisme du moi subliminal. Découvrir n’est que saisir, de toutes les combinaisons qui peuvent se faire d’éléments ou de lois connus, celles qui sont utiles et belles. Or, de toutes les combinaisons que le moi subliminal forme aveuglément, dès que son automatisme est mis en œuvre, la plupart sont dépourvues d’intérêt; c’est là ce qui les empêche d’agir sur la sensibilité esthétique du savant et de monter au seuil de la conscience. Mais il suffit qu’une d’entre elles, par sa beauté harmonieuse, puisse exciter cette sensibilité spéciale, pour que l’attention du moi conscient soit appelée sur elle, pour que, en paraissant à la lumière, elle donne lieu à une découverte importante.

Voilà comment Poincaré, en opposition avec ce que Myers a soutenu dans un ouvrage fameux, évite d’attribuer au moi subliminal un rôle prépondérant dans la recherche scientifique et échappe à la nécessité d’accepter une hypothèse qui lui paraît répugnante.


La troisième partie continue, avec une grande richesse de détails et une rapidité magistrale de forme, la géniale synthèse historique de la mécanique et de la physique mathématique qu’il avait entreprise dans les volumes précédents.