Pagina:Scientia - Vol. VII.djvu/186

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sante à expliquer pourquoi les espèces qui présentent le mimétisme doivent être protégées de quelque façon contre leurs ennemis; la «théorie des causes internes» (théories comme celle de l’orthogenèse d’Eimer) ne saurait expliquer pourquoi une mouche doit ressembler à une abeille ou un hanneton à une fourmi. Aucune théorie autre que celle de la sélection naturelle ne peut rendre compte de plus d’une partie des faits. Ceci est parfaitement correct, mais ceci ne prouve aucunement que la sélection naturelle ait été le seul ou même le plus important des facteurs dans l’évolution des colorations protectrices. Ceci prouve uniquement que les faits ont été classés sous l’influence de l’idée qu’ils étaient susceptibles de la seule explication que nous fournit le darwinisme. Il faut, pour chaque cas particulier de coloration ou de mimétisme prétendu protecteur, faire la preuve qu’il appartient réellement à cette catégorie; les probabilités ne suffisent pas.

Un aspect de la question est laissé en partie dans l’ombre par le Professeur Poulton. Il prête peu d’attention au rôle actif que joue l’animal lui-même quand il fait usage de ses caractères protecteurs. Par exemple l’extraodinaire ressemblance des ailes de Kallima avec une feuille morte serait de bien peu d’utilité à ce papillon, s’il n’avait l’habitude de se poser au milieu des feuilles sèches. De même beaucoup d’animaux se couvrent eux-même activement pour ressembler à ce qui les entoure; le petit crabe Stenorhynchus par exemple arrache des morceaux d’algues marines autour de lui et les plante sur sa carapace. Poulton interprète naturellement ces activités comme un héritage d’instincts et rabaisse ainsi les animaux au niveau d’automates inconscients. Cette interprétation peut être correcte, mais elle nous donne une idée statique et sans vie de la nature vivante.

Le contraste entre les attitudes du darwinisme et du lamarckisme vis-à-vis des problèmes de la vie est ici bien marqué. Francé, qui est un Lamarckien convaincu, soutient dans son petit livre enthousiaste, que les adaptations sont le résultat de l’activité de l’organisme vivant. La sélection peut éliminer, elle ne peut créer. Les activités vitales opèrent conformément à des principes téléologiques; elles impliquent une puissance de jugement qui, à son tour, implique perception, volonté et conception. Ces activités psychiques doivent être possédées par toutes les cellules; et, dans les organismes pluricellulaires, il existe également une «Körperseele». Finalement chez les animaux supérieurs existe une «Gehirnseele», qui est consciente d’elle-même et raisonnable. Ces facultés psychiques n’ont rien à faire avec la création des espèces. Les espèces se forment par mutation, comme il est expliqué dans un long chapitre sur l’œuvre de De Vries, illustré de quelques photographies très intéressantes.