Pagina:Scientia - Vol. VII.djvu/76

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ges, une collection de cas semblables. Il était intéressant d’y ajouter celui-ci.

Le langage de ces malades psychasténiques semble bizarre et même contradictoire; c’est que, chez eux, le trouble de la personnalité n’est point total. Il se manifeste nettement dans certaines opérations que l’on pourrait appeler supérieures, dans le jugement de reconnaissance par lequel l’attention rattache le nouveau contenu mental à l’ancien, dans le langage avec réflexion, dans l’action volontaire. Mais les opération élémentaires de la personnalité semblent être conservées: la conscience, cet acte par lequel une multiplicité et une diversité d’états est rattachée à une unité, semble subsister. Le sujet déclare sans doute que ce n’est pas lui qui se souvient de cet acte, que ce n’est pas lui qui voit cet arbre, mais il s’en souvient tout de même, mais il continue à le voir. Du moins il est manifeste pour nous que cet individu continue à voir l’arbre, puisqu’il nous décrit les changements qui se passent en lui et qu’il nous dit: «l’arbre est vert, ses feuilles remuent, mais ce n’est pas moi qui le vois». Le trouble de la perception personnelle ne semble pas être profond.

Ce caractère incomplet du trouble de la personnalité se retrouve dans tous les accidents de ces malades psychasténiques. Ils ont des obsessions, mais ils ne délirent pas complètement et reconnaissent toujours l’absurdité de ces idées obsédantes; ils ont des impulsions, mais ne les exécutent pas; ils ont des phobies des actes, mais jamais de véritables impuissances ou de véritables paralysies; ils ont des doutes interminables, mais non de véritables amnésies. C’est un trait de leur caractère de n’aller au bout d’aucun symptôme et ce caractère incomplet du trouble de leur personnalité rentre dans une loi générale.


II


Il existe une autre psychose dont tous les symptômes pourraient être mis en parallèle exact avec ceux de la psychasténie, c’est l’hystérie1. Cette maladie mentale a justement comme caractère essentiel d’exagérer, de pousser à l’extrême tous les symptômes précédents. Au lieu des obsessions précé-

  1. J’ai essayé d’établir ce parallèle dans mon dernier ouvrage sur «Les névroses», 1909.