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Mon cher Ami!

Milan, 15 juillet 1857.


Ma tache est achevée: je viens de finir ma révision de la traduction italienne de votre Colomb: elle m’a coûté beaucoup d’attention et de travail; mais la satisfaction qu’elle m’a procurée a été plus grande encore, au point de changer en occupation favorite cette laborieuse et pédestre confrontation de frases et de mots. Quand j’étais fatigué d’écrire pour mon compte, je me rafraichissais et remontais l’esprita vec Colomb: s’il m’arrivait de sentir quelque retour de la tristesse maladive dont Dieu m’a frappé jadis, je recourais à Colomb, súr de me récréer et regaillardir. Où chercherais-je dorévenant un sembiable refuge?

Un livre aimé, qui nous verse à flots des idées que nous faisons nôtres, qui nous filtre dans le sang ses nobles consolantes convictions, qui s’assimile notre intelligence l’échauffaut de ses affections, ce livre ressemble trop à un compagnon de voyage savant, spirituel et bon, par nous fortuitement rencontré, et que nous ne voudrions plus quitter: il s’était fait, sans préliminaires, accepter ami et confident, moyennant une intimité improvisée, avec autant plus d’abandon, qu’elle paraissait ne pas devoir tirer à conséquence; une semaine, un mois passent vite, et après l’on se dit adieu: on peut donc sans craindre de se compromettre, se donner le plaisir si rare de lâcher les écluses de son âme, et en laisser deborder le flot tumultueux de ses souvenirs, de ses espérances, de ses regrets.... Mais il n’y a pas de jouissance sans contrecoup: á l’heure de la séparation le voyageur s’aperçoit qu’il va payer cher le bonheur imprévu dont il a joui; et qu’une oppressive sensation de vide va remplacer cette expansion pleine de charmes, ce rajeunissement du cœur, ce repos moral délectable, au quel il s’était abandonné inattentivement....