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Pagina:Marino, Giambattista – Adone, Vol. I, 1975 – BEIC 1869702.djvu/30

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28 discorso di chapelain sull’adone

donner au suject. Point important sur tous autres, pource qu’ils disent qu’où la Creance manque, l’Attention ou l’Affection manque aussi; mais où l’Affection n’est point il n’y peut avoir d’Esmotion, et par consequent de Purgation, ou d’amendement és moeurs des hommes, qui est le but de la Poësie. La Foy donc est d’absolue necessité en Poësie: mais quelle Foy peut-on adjouster à une Fable recognuë pour telle? le voicy. La Foy, en la signification que nous la prenons, c’est à dire pour une inclination de la fantaisie à croire qu’une chose soit plustost que de n’estre pas, s’acquiert par deux moyens: l’un imparfaict ou impuissant, par le simple rapport ou de l’Historien ou d’autre; et j’appelle celuy-là impuissant, pource que la sincerité des hommes est incognuë, et que le plus souvent on la revoque en doute, sur la moindre difficulté qui se presente. L’autre parfaict et puissant, par la vraysemblance de la chose rapportée, soit par l’Historien, soit par autre; qui est le moyen naturel efficace de s’acquerir de la foy, auquel le premier qui professe mesme la verité se reduict, s’il est vray que de deux Histoires contraires ou diversement racontées, on suit tousjours celle qui a le plus de probabilité; ce qui arrive pour ce que le premier estant Tyrannique, et suject à estre rejetté, ce dernier-cy gaigne doucement, et empiete vigoureusement l’imaginative de celuy qui escoute, et par la convenance des choses contenues en son rapport se le rend bien veillant. Mais de ces deux comme l’un est propre de l’Historien, aussi faut-il sçavoir que l’autre l’est du Poëte, et cela pour autant que l’Histoire traicte les choses comme elles sont, et la Poësie comme elles devroient estre, en maniere que la premiere ne peut recevoir une chose fausse, bien qu’elle ayt toutes sortes d’apparence, et la seconde n’en peut refuser, pourveu que la vraysemblance y soit: et la raison de cela est d’autant que l’une considere le particulier comme particulier, sans autre but que de le rapporter: et c’est pourquoy, dans les Histoires, les cas et les evenemens sont tous differens et non reglés, comme dependans de la fortune, qui fait aussi bien prosperer les meschans que les bons, et ruine sans ecception les uns aussi bien que les autres; là où la Poësie,