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La mutation ne serait pas non plus sous l’influence des circonstances immédiates, mais en serait indépendante; elle s’effectue d’ailleurs dans les sens les plus divers, utiles ou non, en fournissant des variations de nombre limité, dont le caractère d’adaptation n’apparaît nullement: ce n’est qu’ensuite, par sélection des plus aptes, que les caractères utiles, se trouvant conservés, pourront paraître des caractères adaptatifs. La sélection explique la survivance des types, mais non leur apparition, qui reste fortuite, les plantes présentant à certains moments une mutabilité particulière, qu’on appelle aujourd’hui un affollement.

C’est cet affollement qu’a tenté d’étudier expérimentalement Blaringhem. Conduit par les résultats de tératogénie végétale de divers auteurs, et par certaines de ses observations, à attribuer aux traumatismes un rôle important dans la variation, il chercha à obtenir des mutations, an lieu de les attendre patiemment, et ce en blessant les plantes; or les résultats répondirent à ses prévisions.

Il y a là une voie importante ouverte à la pratique et qu’on doit signaler en passant, car elle paraît drainer le plus gros des efforts expérimentaux: De Vries avait montré qu’il fallait renoncer à la sélection des fluctuations pour obtenir des produits stables, et qu’on devait s’attacher à isoler soigneusement les variations brusques, en les recherchant systématiquement. Blaringhem propose un moyen de provoquer ces variations brusques, de les susciter à son gré.

Il obtint ainsi, en effet, à côté de variétés, «ever-sporting», des variétés stables (Zea mays v. pseudo-androgyna, et v. semipraecox), et une espèce élémentaire de mais (Zea mays praecox), qui elle-même présenta des variétés.

Ces résultats semblent bien montrer que les «hasard», invoqué par De Vries peut se ramener à des facteurs définis, et Cuénot, qui a résumé avec une grande clarté les conceptions nouvelles apportées par De Vries en les adaptant aux données zoologiques — et en renonçant dès lors à la conception des petites espèces — a indiqué, parmi les facteurs problables, en outre des traumatismes, les greffes, les piqûres d’insectes, la présence de parasites, champignons ou insectes, et le changement de milieu, qui expliquerait justement la mutabilité des Oenothera américaines cultivées en Hollande1.

L’édifice néo-darwiniste de De Vries ne paraît donc pas devoir être accepté sans modifications, et, dans le détail, bien des difficultés se présentent. Tout d’abord, la distinction bota-

  1. L. Cuénot, Les idées nouvelles sur l’origine des espèces par mutaion. «Revue générale des Sciences», 15 Novembre 1908.