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nécessairement brusque, parce qu’on en juge sur un caractère apparent, pour lequel souvent la question est seulement; «to be or not to be»; mais peut-on affirmer que le déclanchement qui a amené l’apparition du caractère n’a pas été provoqué par des petites variations, des fluctuations profondes accumulées dans un même sens? C’est à la chimie que reviendra, en ce problème, le dernier mot; elle nous révélera peut-être la préparation de telle ou telle mutation au cours des périodes d’affollement.

Mais le plus gros problème à cet égard concerne la possibilité, en dehors des mutations d’origine incertaine et des fluctuations conformes aux lois du hasard, de variations adaptatives dues à l’influence du milieu. Tous les cas de variation adaptative individuelle, le jeu de la sélection naturelle ne pouvant dès lors être invoqué, sont-ils réductibles à l’explication ingénieuse par le dimorphisme, c’est ce qui est bien douteux, surtout dans le domaine zoologique où les questions apparaissent souvent sous un aspect un peu différent de celui qu’elles revêtent dans le règne végétal. C’est là le gros débat toujours pendant de la transmission des caractères acquis, pouvant s’accumuler et modifier les espèces par variation continue.

En admettant que toute variation darwinienne soit brusque et constitue une mutation, on n’a pas éliminé par là-même la possibilité d’une variation régie par l’action directe du milieu, d’une variation lamarckienne.

M. Cuénot tend à se passer d’un tel mode de variation en expliquant l’adaptation par une coincidence heureuse entre une mutation et une migration, le caractère mutant se trouvant préadapté aux conditions de vie du nouveau milieu. Mais, en admettant la possibilité d’un tel mécanisme, qui se trouve en accord avec les données paléontologiques, on n’élimine pas nécessairement du même coup la «post-adaptation» due à l’influence exercée par le milieu.

Les discussions peuvent s’éterniser, elles n’apporteront pas la solution définitive du débat. La parole est aux faits, aux expériences, et chacun, avec ses convictions, peut attendre les résultats des recherches engagées1, qui ont reçu des travaux de De Vries un stimulant dont on ne saurait méconnaître la valeur et l’importance capitale.

Paris, École pratique des Hautes Etudes.
  1. L’existence de variations dues à l’influence du milieu et susceptibles d’engendrer des caractères «spécifiques» paraît ressortir très nettement d’observations et de recherches récentes de L. Marchal sur des Cochenilles et de E. Delcourt sur des Notanectes.