Pagina:Scientia - Vol. VII.djvu/19

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la diversité de fortune etc. 11


philosophique de l’œuvre de Thomson, il indiquait comme hors de conteste ce résultat mis en évidence par le physicien anglais: «de ce qu’aucune minime partie de force ne peut s’anéantir, on ne peut conclure qu’elle ne puisse rester stérile pour l’usage de l’homme».

Mais dans le livre célèbre de Tyndall, «la chaleur considérée comme mode de mouvement», livre traduit presque en toutes les langues, traduit en français par l’infatigable vulgarisateur qu’était l’abbé Moigno et traduit en allemand par Helmholtz lui-même, il n’y avait plus aucune trace de cette notion de perte d’énergie utile, de force rendue stérile pour l’usage de l’homme: tout le livre tendait à la démonstration éxclusive de l’idée de conservation.

«Chaque système solaire, disait l’auteur à la dernière page, répand son énergie comme la nôtre, mais toujours sans infraction à la loi, qui voit l’immutabilité dans le changement, qui admet des transformations incessantes, mais sans gain ni perte finale. Cette loi est la généralisation inattendue de l’aphorisme de Salomon: qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, - en ce sens qu’elle nous apprend à retrouver partout la même puissance primitive dans l’infinie variété de ses manifestations. On ne peut rien ajouter à la nature, on n’en peut rien retrancher… La loi de conservation exclut rigoureusement et la création et l’annihilation».

Dans le concert de louanges qui accueillit de toutes parts le livre de Tyndall, «livre écrit dans un style charmant, et qui est sans contredit la plus précieuse contribution à la littérature scientifique publiée depuis plusieurs années» disait le Scientific American - la seule critique vint de la Grande-Bretagne: le collaborateur de Thomson, le compatriote et l’ami de Rankine, Peter Guthrie Tait, dénonça dans le livre de Tyndall la méconnaissance systématique de l’idée de dissipation ou de dégradation de l’énergie, méconnaissance inadmissible de la part d’un savant qui écrivait en 1862, alors que les mémoires fondamentaux de Clausius et de Thomson sur le principe de Carnot sont tous antérieurs à 1855.

Tyndall avait l’excuse de n’être pas seul à méconnaître Carnot; par malheur, il fit école. La grande discussion de priorité où il soutint brillamment, contre son compatriote Joule, les titres de Robert Mayer à la découverte du principe de l’équivalence, est à cet égard bien caractéristique. On ne peut, à