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M. Henri Poincaré a bien montré le rôle de cette tendance générale des esprits dans la découverte simultanée du principe de la conservation de l’énergie en plusieurs points de l’Europe savante. Ce qui a fait germer la pensée commune, c’est bien moins les principes scientifiques de Laplace, de Lavoisier et de Fourier, que «cette métaphysique supérieure» d’une époque qui, suivant le mot du géomètre Poinsot, «domine les principes de la science et les éclaire».

Lorsque Sadi Carnot, en 1824, était venu, dans ce concert de dithyrambes en l’honneur de la stabilité des choses, jeter une note discordante, en considérant la «puissance motrice» comme une chose qui n’est point gratuite et qui se détruit, il n’est pas surprenant qu’il ne fût pas entendu de ses contemporains. On doit moins encore s’étonner que la découverte du principe de l’équivalence ait, tout d’abord, rejeté dans l’ombre les idées de Carnot. Bohn déclarait en 1865 que Robert Mayer avait «le mérite incontestable d’avoir nié le principe de Sadi-Carnot».

Et pourtant, à cette époque, en 1865, Clausius avait depuis longtemps concilié l’idée essentielle de Carnot avec le principe de l’équivalence. Lord Kelvin, alors William Thomson, avait montré la fécondité des conceptions de Carnot, d’où il avait tiré la notion de température absolue. A quel point la pensée scientifique resta longtemps encore, après Clausius et Thomson, imprégnée d’idées contradictoires au principe de Carnot, c’est ce que nous rappellerons par quelques exemples caractéristiques, nous réservant de chercher ensuite pourquoi cette résistance tenace à une idée d’une légitimité désormais démontrée.


II.


L’opuscule célèbre de Helmholtz sur la conservation de la force, «die Erhaltung der Kraft», a eu beaucoup plus de retentissement que la conférence qu’il fit sept ans plus tard, en 1854, à Koenigsberg, sur les transformation réciproques des forces naturelles «Ueber die Wechselwirkung der Naturkräfte»; dans cette dernière conférence, le physicien allemand admirait la pénétration de Thomson, «qui, dans les équations de Carnot et de Clausius, avait su lire l’arrêt de mort de l’univers»; puis, laissant de côté toute la partie purement