Pagina:Scientia - Vol. VII.djvu/27

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la diversité de fortune 19


principe de Carnot, et s’il en a donné un énoncé indépendant de la considération spéciale du cycle de Carnot, il a introduit dans la science cette notion «prodigieusement abstraite» de l’entropie dont il a montré lui-même la fécondité, mais qui est, au moins en apparence, incomparablement plus inaccessible que celle de l’énergie. Elle a donné lieu à des confusions et des erreurs d’interprétation de la part des plus grands savants. Qu’il suffise de rappeler que, longtemps, Tait a pris pour l’entropie la grandeur que Clausius appelait entropie, mais changée de signe, et que le premier disait: «l’entropie décroît», là où le second avait dit «l’entropie augmente».

À vrai dire, Clausius ne s’est pas borné à énoncer le principe de Carnot sous le nom de principe de l’augmentation de l’entropie: il lui a donné un autre nom, sous lequel il n’est pas suffisamment connu, celui de principe de l’équivalence des transformations.

Les transformations d’énergie qui se font dans la nature ne sont pas également aisées dans les deux sens. Les unes sont naturelles, les transformations inverses peuvent être dites artificielles; (je préfère ces épithètes aux épithètes de positive et négative qu’emploie Clausius). Sont naturelles: la transformation du travail mécanique en chaleur, celle de l’énergie électrique en chaleur. Au contraire, la transformation de la chaleur en travail est une transformation artificielle, qui n’est jamais intégrale.

Clausius examine un autre type de transformation d’énergie: c’est le simple passage de chaleur d’un corps à un autre à température différente. Le passage de chaleur d’un corps chaud à un corps froid est manifestement une transformation naturelle. Le passage inverse, de chaleur prise à un corps froid pour la reporter sur un corps plus chaud, est une transformation artificielle d’énergie: c’est celle que réalisent les appareils producteurs de froid; et Clausius énonce le principe de Carnot sous cette forme, à la fois très correcte et répondant à une idée aisée à concevoir: «une transformation artificielle ne peut jamais s’accomplir que si elle est compensée par une transformation naturelle an moins équivalente».

L’énoncé quantitatif des conditions auxquelles deux transformations inverses sont équivalentes requerra naturellement l’emploi du calcul, mais l’idée fondamentale peut être inculquée avant qu’on ait abordé ce calcul.