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ma thèse pessimiste, que j’insiste. La science nous étonne par ses applications qui se développent avec une merveilleuse exubérance pour notre amusement et notre bien-être. Malheureusement ce côté de la question ne nous intéresse pas ici. Si j’osais dire devant une foule que le succès des aéroplanes n’a qu’un intérêt scientifique minime pour ne pas dire nul, que l’aérodynamique n’a pas avancé d’un iota, je risquerais d’être lapidé. J’énoncerais pourtant une proposition incontestable dont on reconnaîtra l’évidence en songeant que, depuis l’arche de Noé, de nombreux navires ont été construits et que l’hydrodynamique est encore dans l’enfance. Or l’aérodynamique est beaucoup plus difficile: on ira sûrement de Paris à Rome en planant avant que les physiciens aient découvert l’explication vraiment scientifique du vol plané.

Et pourtant on connaît depuis de longues années les équations générales qui régissent les mouvements des fluides compressibles ou incompressibles; mais, sauf des cas très particuliers, les phénomènes qu’elles renferment nous restent inconnus. C’est trop difficile; comme disent les physiciens, ça ne rend pas. Personne ne veut s’occuper de ces questions; elles sont parvenues au degré de développement à partir duquel le moindre progrès demande un effort gigantesque, je ne dis pas disproportionné.

Ceux qui imaginent prochaine la solution du problème parce qu’on a créé une chaire d’aviation à la Sorbonne, sont des gobe-mouches dont il faut respecter la candeur et l’ignorance. On nous fournira des résultats empiriques tant que nous voudrons; je veux bien admettre, pour vous contenter, que les aréoplanes s’en porteront mieux; mais du point de vue science, la moindre petite expérience bien correcte de laboratoire serait autrement intéressante.

Mais alors que font la plupart des physiciens dans leurs laboratoires lorsqu’il s’est écoulé un temps notable depuis la découverte d’un fait nouveau? Ils déterminent des constantes; ils recommencent pour le corps X, ce qui a été successivement exécuté pour le corps A, B, C...... Ils accumulent des résultats numériques qui ne seront jamais utilisés et qui sont parfaitement inutiles: c’est toujours du papier noirci. On songe avec pitié au travail ainsi gâché et à ce qu’on pourrait obtenir par une organisation plus méthodique des efforts.