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Pagina:Marino, Giambattista – Adone, Vol. I, 1975 – BEIC 1869702.djvu/32

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30 discorso di chapelain sull’adone

biens, qu’ils nous les ont baillez, et que neantmoins, voulans proposer sous leurs noms les Idées des choses qui leur sont attribuées, ils ont fait estre tels, ne se mettant en nulle peine si la verité particuliere en patissoit, pourveu que le genre humain en general y proffitast par la vray-semblance. Or cette Vray-semblance estant une representation des choses comme elles doivent avenir, selon que le Jugement humain, né et eslevé au bien, les prevoit et les determine, et la Verité se reduisant à elle, non pas elle à la Verité, il n’y a point de doute que la Poësie l’ayant pour partage (c’est à dire le Poëte ne traittant que ce qui doit estre, et ce qui doit estre estant tousjours Vray-semblable qu’il soit, car ces deux choses se regardent reciproquement) et faisant par icelle un insensible effort sur la fantaisie, entant qu’elle ne luy apporte rien qui ne se juge pouvoir estre facilement ainsi, ce que la Verité mesme ne faict pas, sinon autant qu’elle est Vray-semblable, il n’y a point de doute, dis-je, qu’elle ne soit plustost creue, ayant pour soy ce qui se fait croire simplement de soy mesme, que l’Histoire qui y procede plus tyranniquement, et qui n’a pour soy que la Verité nuë, laquelle ne se peut faire croire sans l’ayde et le soulagement d’autruy. Ainsi donc il suffira au Poëme qu’il soit Vray-semblable pour estre approuvé, à cause de la facile impression que la Vray-semblance fait sur l’imagination, laquelle se captive et se laisse mener par ce moyen à l’intention du Poëte.

Cette matiere discouruë de la sorte, pour en faire l’application au Poëme de nostre Amy, l’on voit que si l’on veut nier la Verité de la chose (comme la qualité de fable que le succés a pris jusqu’icy semble le devoir faire avoüer, ce qui n’est pas neantmoins constant, veu que l’Escriture mesme fait mention des pleurs respandus pour Adonis, et que selon les Anciens Rapsodieurs et Mythologistes il n’y a aucune fable, specialement de celles des Deïtez, qui n’aye eu son fondement sur quelque Evenement veritable), le Poëme ne laissera pas d’estre regulier pour cela, et n’en perdra pas la Creance; pour ce que la Verité n’estant pas de l’Essence de la Poësie, et quand mesme elle s’y rencontre ne se considerant pas