|
discorso di chapelain sull’adone |
47 |
gie et l’Imitation), et cela encore sans avoir desmenty son Suject, et sans s’estre laissé tomber en bassesse: ce que pour obtenir voyez, je vous prie, quelle matiere il a esleu, et dans sa simplicité combien elle est relevée; il n’y a celuy qui n’advoue que de toutes les choses la plus vaste et la plus susceptible de visages differens ne soit la Passion humaine, unique pourtraict de la matiere premiere, et qu’entre toutes l’Amour et la Jalousie ne tiennent le premier lieu or pensés si ces parties sont dans l’Adonis, et de quelle sorte elles y sont. A dire le vray à peine trouvera-t-on de Noeud d’intrigue, ny de Desveloppement de Fable merveilleux qui vaille qu’on le mette en comparaison avec cette simple maniere de Traitter, de la façon que nostre Chevalier l’a restablie en son Poëme: dans lequel, soit pour les passions, soit pour les Descriptions, cette Clarté Magnifique, c’est à dire (si je le peux) cette Floridité ou Elegance de Stile, a esté gardée avec une telle possession de ses pensées, une si grande observation de langue, et un si particuliere esgard au nombre du vers, et à la conformité qu’il doit avoir avec son Suject, qu’on n’en peut desirer d’avantage: ce que je trouve d’autant plus digne d’admiration que ces choses sont les plus espineuses de la Poësie, et les dernieres à quoy l’on parvient. Que si ce grand Critique du Siecle precedent, Scaliger, vivoit encore, je ne doute point qu’aprouvant cet ouvrage il ne mist en consideration ce que nous avons faict icy, et que de la mesme chose dont il a blasmé Lucain, le Suject duquel ne luy permettoit pas de s’estendre, de la mesme il ne loüast le Marin, la matiere duquel vouloit qu’il la traittast ainsi: et ce qui me le fait conjecturer est de voir qu’il n’a pas trouvée cela à redire en Claudian, dont l’intemperance n’est pas moindre, ny en Ovide (quoy qu’en ayt dit Quintilien), qui est estendu jusqu’à l’excez, ayant sans doute esgard à ce que l’un vestoit une Fable simple, qui avoit besoin de ces aydes externes pour la relever, et que l’autre animoit et faisoit parler des Passions, qui sont des sources inespuisables, dont on ne voit jamais la fin. Mais ayant dit que le Stile de l’Adonis en son genre estoit parfait, je crois bien que vous entendez qu’il a toutes les Parties et conditions generales