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de la volonté tend a satisfaire certaines exigences économiques de la représentation scientifique1.

Or le mouvement fidéiste et anti-intellettualiste contemporain, surtout dans la forme particulière qui appartient à ce que j’ai appelé le nominalisme français, a tâché de tirer profit de ces vues, pour ôter à la Science toute valeur objective. C’est ce qu’on a obtenu en comparant les résultats scientifiques à un idéal de connaissance absolue; par rapport à cet étalon (que l’on suppose à priori sans examiner si les mots mêmes aient un sens) la simplification arbitraire de la loi physique apparait comme une déformation de la vérité. Les critiques oublient que le rôle de la volonté est toujours très étroitement limité, et qu’il ne saurait dépasser les limites de l’expérience (c’est à dire les limites mêmes en lesquels la vérité se trouve définie); c’est ainsi qu’ils en viennent à proclamer que le fait scientifique se réduit à une convention, et partant que le savant crée le fait au lieu de le découvrir.

Maintenant le livre de M. Rey marque une heureuse réaction par rapport à ce courant philosophique; l’A. tend à rétablir la valeur objective de la Science dans sa signification véritable.

Mieux encore il veut montrer par un examen critique des opinions dominantes chez les physiciens, (Duhem, Poincaré, Mach, etc.) que la philosophie anti-intellettualiste s’est appuyée sur une interprétation unilaterale et par suite fausse de leur pensée. En quoi je doute qu’à l’égard de quelques-uns parmi ces auteurs, il ait raison seulement à moitié, c’est à dire en tant qu’ il les considère comme des physiciens en négligeant leur côté plus proprement philosophique, j’entend leurs conceptions agnostiques inspirées à un idéal de vérité absolue.

L’esprit qui domine l’ouvrage de M. Rey me semble très juste. Je partage avec lui l’opinion que la Théorie de la Physique a été un peu faussée par la tendance des mathématiciens au nominalisme, et j’aime à constater les préférences qu’il accorde aux représentations mécaniques sur les théories purement abstraites des phénomènes physiques. C’est la revanche de l’intuition créatrice sur la logique stérile.

Quant à la conclusion que «la Science est vraie dans toute l’acception humaine de ce mot» je me demande seulement si l’opinion contraire, qui a fait tant de bruit en France, a exprimé jamais davantage qu’un élégant paradoxe, un paradoxe qui par

  1. Nous avons tâché d’expliquer, de notre côté, que la Science, considérée comme un développement psycologique, suit certaines lois déterminées, de façon que ce qui apparaît arbitraire par rapport à l’objet de la connaissance ne correspond pas toujours à un choix libre au point de vue subjectif.
    Voir F. Enriques, Problemi della Scienza, Zanichelli, 1906.