Scientia - Vol. VII/Der heutige Stand der Darwin’schen Fragen

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Edward Stuart Russell

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The animal mind Abhandlungen der Fries’schen Schule
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E. B. Poulton - Essays on Evolution (Essais sur l’Evolution) - Oxford, at the Clarendon Press; 1908 pp. XLVIII + 479.
R. H. Francé - Der heutige Stand der Darwin’schen Fragen. (L’état actuel des questions Darwiniennes) - Leipzig, T. Thomas, 1907 pp. 168.

Le Prof. Poulton a réuni en un volume une série d’essais écrits depuis 1889. Ils traitent de sujets variés, mais on y voit revenir toujours le même thème: la sélection naturelle suffit à tout expliquer. Le thème est vieux, il est antique même, et l’on s’attend à trouver au moins dans ces essais quelque preuve nouvelle et solide de sa verité. Mais ce qu’on nous offre comme preuve n’est rien de plus que l’argument ordinaire tiré des probabilités générales. Quelques citations extraites du troisième de ces essais nous donneront l’essentiel de cet argument bien usé: «D’abord la variation individuelle — le fait que les individus diffèrent, et que les différences sont essentielles ou inhérentes à l’organisme.... Deuxièmement, le fait de l’hérédité — le fait qu’il doit y avoir une lutte pour l’existence, que chaque espèce engendre dans le monde beaucoup plus d’individus, même chez celles qui se multiplient le plus lentement, qu’il n’en peut y avoir de survivants ou d’aptes à la reproduction. Ces trois facteurs doivent, en vertu d’une nécessité logique, entrainer une survivance des mieux adaptées parmi les variations individuelles». (pp. 95, 96).

C’est un genre d’arguments qui ne convainc que ceux qui sont déjà convaincus. Il n’est rien moins que logique. Avant de pouvoir en déduire triomphalement la survivance des mieux adaptés, il faut montrer qu’il y a des variations individuelles plus aptes et moins aptes; il faut prouver qu’il existe réellement une mortalité sélective. Tant à que cette preuve n’aura pas été donnée en détail, pour un grand nombre d’espèces, l’argument ordinaire en faveur de la sélection restera privé de toute force démonstrative.

Le professeur Poulton considère qu’il n’est pas nécessaire d’exposer en détail le peu de preuves positives que nous possédons de l’existence de processus de sélection dans la nature. Il va jusqu à omettre de mentionner le cas des Mantes, verte et brune, étudié par Cesnola, qui a fourni une preuve evidente de l’efficacité de la coloration protectrice que possèdent ces insectes.1 Evidemment la sélection naturelle est devenue avec le Prof. Poulton un article de foi.

[p. 176 modifica]Il invoque également un autre dogme du darwinien ultraorthodoxe, celui qui affirme que tous les caractères d’un organisme sont utiles ou ont été utiles dans le passé. Par «utile» on entend «ayant une valeur au point de vue de la survivance». Ce dogme est naturellement dénué de toute preuve et ce n’est en fait qu’une simple déduction de l’hypothèse de l’existence universelle de processus de sélection. Le Prof. Poulton va même jusqu à dire: «l’impossibilité où nous sommes de démontrer l’utilité ne ruine pas la sélection naturelle». Ce qui revient tout simplement à dire que le darwinien convaincu se cramponnera à sa théorie même en l’absence de toute preuve en sa faveur.

Il est certes extrêmement douteux que la sélection naturelle puisse rendre compte de l’origine d’une espèce à partir d’une autre, si cette origine implique, comme elle semble le faire, que tous les caractères spécifiques sont, ou ont été, adaptatifs, utiles ou possesseurs d’une valeur sélective. Quand on trouve, ce qui arrive constamment, que deux ou trois espèces apparentées habitent exactement la même localité, ayant les mêmes habitudes et la même nourriture, il est bien difficile d’admettre que les caractères distinctifs de ces deux espèces sont aujourd’hui adaptatifs. Il n’y a pas non plus de raison de croire que ces caractères aient été adaptatifs dans le passé. Un cas topique est offert par les deux petites seiches de la mer du Nord, Sepiola scandica et Sepiola atlantica. On les trouve souvent prises ensemble par la drague et elles diffèrent si peu qu’il n’y a guère qu’un œil exercé qui puisse les distinguer. Cependant les différences sont bien définies et parfaitement constantes et il faut une foi profonde dans le darwinisme pour croire qu’elles aient jamais pu être des caractères adaptatifs.

Quant au lamarckisme le Prof. Poulton ne veut pas avoir affaire à lui. Il se base sur la non-transmissibilité des caractères acquis; mais ce terrain est bien loin d’être aussi sûr qu’il l’a été. On reconnaît de plus en plus que les objections à la transmission des caractères acquis proviennent beaucoup plus de la théorie que des faits. Elles proviennent surtout de l’idée, introduite par Weismann, de la continuité du plasma germinatif et de l’indépendance du soma. L’expression «caractères acquis» a pris avec Weismann, d’une façon injustifiable à notre avis, un sens si restreint qu’elle ne désigne plus qu’une modification produite d’abord dans le soma et transmise de là au plasma germinatif. De cette façon la plus grande partie des preuves positives de la transmission des caractères acquis a été mise d’un seul coup hors de cour. Mais l’opposition du soma et du plasma germinatif est purement théorique, la continuité du plasma germinatif est également une théorie. Ces théories peuvent être vraies [p. 177 modifica] ou fausses; il est antiseientifique d’en faire usage come si elles constituaient des faits indiscutables.

Le Professeur Poulton trouve également nécessaire de combattre les idées nouvelles associées aux noms de Mendel et de De Vries, et qui sont défendues surtout en Angleterre par l’école de Cambridge sous la direction de Bateson. Il consacre une introduction de cinquante pages à la réfutation de ces hérésies. Il marque quelques points contre ses adversaires, qui en vérité prêtent eux-mêmes le flanc par suite de l’exagération injustifiée qu’ils ont donnée à la part de vérité qu’ils possèdent.

Passant ensuite à un examen plus détaillé des Essais, nous devrons appeller plus spécialement l’attention sur ceux qui traitent d’une matière dans laquelle Poulton est une autorité reconnue, la coloration protectrice et le mimétisme. Qu’on s’écarte tant que l’on veut de l’auteur dans l’interprétation des faits, on ne doit pas lui en être moins reconnaissant de la façon intéressante dont il a réuni une grande quantité de données soigneusement récoltées. Joints au livre bien connu du même auteur sur «Les couleurs des animaux», ces essais constituent un sommaire très utile et très important des preuves qui induisent beaucoup de gens à une interprétation darwinienne des couleurs.

Poulton réunit tous les phénomènes de «coloration significative» sous un schème simple dont les divisions principales s’intitulent: I. A. Coloration cryptique (Ressemblance protectrice et agressive) I. B. Ressemblance pseudosémantique (Mimétisme protecteur et agressif). II. Sémantique (Coloration servant à la défense et marques de reconnaissance). III. Couleurs épigamiques ou parures nuptiales. Telle était la classification proposée en 1890. Actuellement il ferait entrer la plupart des cas de mimétisme (c’est-à-dire de ressemblance entre deux espèces) dans le chapitre des couleurs défensives. En d’autres termes il en est arrivé à croire plus à la théorie du mimétisme de Müller qu’à celle de Bates. Ce changement d’opinion prouve tout au moins que la théorie de Bates s’est montrée bien difficile à soutenir. La théorie de Müller ne me parait pas être en bien meilleure posture; extrêmement ingénieuse et probable elle manque de preuves concrètes.

Mais nous mentionnons cette classification pour faire bien voir quelle attitude adopte Poulton quand il soutient que ces couleurs se sont développées par le jeu de la sélection naturelle. En fait de preuve concrète en faveur de l’interprétation darwinienne, il nous en donne peu ou point. Il soutient cependant que tous les faits peuvent se comprendre et s’expliquer dans la théorie de la sélection et qu’aucune autre théorie ne peut les contenir tous. La «théorie des causes extérieures» est [p. 178 modifica] impuissante à expliquer pourquoi les espèces qui présentent le mimétisme doivent être protégées de quelque façon contre leurs ennemis; la «théorie des causes internes» (théories comme celle de l’orthogenèse d’Eimer) ne saurait expliquer pourquoi une mouche doit ressembler à une abeille ou un hanneton à une fourmi. Aucune théorie autre que celle de la sélection naturelle ne peut rendre compte de plus d’une partie des faits. Ceci est parfaitement correct, mais ceci ne prouve aucunement que la sélection naturelle ait été le seul ou même le plus important des facteurs dans l’évolution des colorations protectrices. Ceci prouve uniquement que les faits ont été classés sous l’influence de l’idée qu’ils étaient susceptibles de la seule explication que nous fournit le darwinisme. Il faut, pour chaque cas particulier de coloration ou de mimétisme prétendu protecteur, faire la preuve qu’il appartient réellement à cette catégorie; les probabilités ne suffisent pas.

Un aspect de la question est laissé en partie dans l’ombre par le Professeur Poulton. Il prête peu d’attention au rôle actif que joue l’animal lui-même quand il fait usage de ses caractères protecteurs. Par exemple l’extraodinaire ressemblance des ailes de Kallima avec une feuille morte serait de bien peu d’utilité à ce papillon, s’il n’avait l’habitude de se poser au milieu des feuilles sèches. De même beaucoup d’animaux se couvrent eux-même activement pour ressembler à ce qui les entoure; le petit crabe Stenorhynchus par exemple arrache des morceaux d’algues marines autour de lui et les plante sur sa carapace. Poulton interprète naturellement ces activités comme un héritage d’instincts et rabaisse ainsi les animaux au niveau d’automates inconscients. Cette interprétation peut être correcte, mais elle nous donne une idée statique et sans vie de la nature vivante.

Le contraste entre les attitudes du darwinisme et du lamarckisme vis-à-vis des problèmes de la vie est ici bien marqué. Francé, qui est un Lamarckien convaincu, soutient dans son petit livre enthousiaste, que les adaptations sont le résultat de l’activité de l’organisme vivant. La sélection peut éliminer, elle ne peut créer. Les activités vitales opèrent conformément à des principes téléologiques; elles impliquent une puissance de jugement qui, à son tour, implique perception, volonté et conception. Ces activités psychiques doivent être possédées par toutes les cellules; et, dans les organismes pluricellulaires, il existe également une «Körperseele». Finalement chez les animaux supérieurs existe une «Gehirnseele», qui est consciente d’elle-même et raisonnable. Ces facultés psychiques n’ont rien à faire avec la création des espèces. Les espèces se forment par mutation, comme il est expliqué dans un long chapitre sur l’œuvre de De Vries, illustré de quelques photographies très intéressantes.

[p. 179 modifica]Nous confessons notre sympathie pour la décision avec laquelle Francé considère les animaux et les plantes comme des êtres réellement vivants, doués d’un pouvoir de réaction active et opportune aux excitations extérieures. Mais il nous est impossible de le suivre, quand il attribue un jugement aux cellules et aux organismes simples. Les organismes les plus inférieurs doivent bien avoir quelque obscure vie psychique, mais le jugement, la volonté et la conception ne nous sont connus que comme concomitants d’un système nerveux d’organisation complexe.

Francé rejette naturellement l’explication mécaniste de la vie et se classe parmi les néovitalistes. Il est probable que la signification réelle de cette intéressante réhabilitation de la doctrine de Lamarck consiste en ce qu’elle reconnaît l’importance de ce qu’on peut appeler la méthode psychologique en biologie, qui consiste à regarder les créatures vivantes comme du même sang que nous, comme possédant une vie psychique propre, si rudimentaire qu’elle puisse être, qui les élèvera toujours au dessus du niveau des pièces de mécanique les plus compliquées.

Rien n’est plus caractéristique de l’état acuel de la théorie de l’évolution que le contraste entre deux livres tels que ceux de Poulton et de Francé. L’attitude adoptée dans ces deux ouvrages vis-à-vis des problèmes fondamentaux est si complètement différente qu’il ne subsiste pour ainsi dire aucun terrain qui leur soit commun, à part la conviction dans la réalité de l’évolution. Ce qui ressort de tout cela, c’est que des preuves suffisantes font encore défaut aussi bien à la théorie de Darwin qu’à celle de Lamarck et que l’adhésion à l’une ou à l’autre de ces théories est plutôt une question d’éducation et de tempérament que de conviction raisonnée.

Gourock, England

Note

  1. Voir E. S. Russell. The evidence for natural selection. «Scientia», Riv. di Sc. n. IX - 1, 1909.