Rivista di Scienza - Vol. I/La psychologie des individus et des sociétés selon Taine

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Eugène Landry

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La psychologie des individus et des sociétés selon Taine
Problemi della scienza The dynamics of Living Matter
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Paul Lacombe - La psychologie des individus et des sociétés chez Taine historien des littératures. Étude critique. I vol. in-8 de II-374 pages. Paris, Alcan 1905.

M. Lacombe était déjà l’auteur d’une Introduction à l’histoire littéraire, l’ouvrage le plus riche peut-être en idées neuves et fécondes, et d’ailleurs parfois contestables, qui ait paru en France sur la matière depuis la Littérature de Mme de Staël. Son nouveau livre, qui est, comme le précédent, l’oeuvre d’un historien devenu psychologue, plus que d’un philosophe ou d’un sociologue, n’apporte d’autre complément positif aux doctrines exposées dans le premier que quelques développements qui paraissent empruntés a M. Tarde sur le rôle social de l’invention et de l’imitation. Ce rôle nous parait avoir été exagéré. D’une part un grand homme, sauf peut-être en science, n’invente rien qui ne soit dans la pensée des hommes de son temps: sinon comment ceux-ci adopteraient-ils ses inventions? D’autre part on ne peut imiter d’autrui que ce que l’on comprend, ce que l’on porte déjà en soi-même: sinon, comment se déterminerait le choix des objets de l’imitation?

Ce livre se borne donc à passer au crible d’une critique minutieuse parfois jusqu’à la chicane les théories de Taine sur l’histoire, et les passages où Taine expose ces théories. Après la critique de M. Lacombe, des trois fameux facteurs: la race, le milieu, le moment, il ne reste plus rien du premier, et c’est sans doute peu; le second absorbe tout, c’est peut-être trop. Et ni Taine [p. 353 modifica]ni son critique n’ont saisi l’importance du troisième. Une «histoire scientifique», si pareille idée n’implique pas contradiction dans les termes, devrait étudier par exemple avant tout les influences successives de l’habitat, de l’alimentation, des conditions physiologiques du travail et du repos, du développement spontané de l’espèce, et de sa résistance aux agents pathogènes, dans le cours de la civilisation moderne, en établissant entre les différents peuples de légères différences qui proviennent sans doute de ce même ordre de causes. Mais les historiens se font des illusions étranges quand ils parlent d’une histoire scientifique, et qu’ils la rêvent comme la synthèse d’une quantité formidable de monographies conçues suivant des principes arbitraires. Nous avons assez, grand Dieu, de ces monographies: en fait de science la moindre analyse bio- ou psycho-sociologique ferait bien mieux notre affaire.

La critique de M. Lacombe se relève quand il s’agit des doctines encore plus pauvres de Taine sur les individus, c’est-à-dire de psychologie concrète. L’ouvrage se termine par une étude de l’esprit de Taine qui met justement en lumière le rôle de la volonté dans la carrière de cet écrivain. Je ne sache pas en effet de plus bel exemple, après Alfieri, de ce que peut la volonté pour donner, à défaut du génie, l’apparence et le renom du génie. Taine s’est efforcé et tendu en même temps vers l’art et vers la science: il a aussi médiocrement réussi dans une voie que dans l’autre, n’excellant que dans le genre moyen et bâtard des Notes de voyage. L’examen serré des textes auquel s’est livré M. Lacombe est une épreuve aussi désastreuse, quoi qu’il en pense lui même, pour le style que pour la pensée d’un auteur dont l’influence excitatrice a été considérable, mais dont il ne reste plus guère aujourd’hui qu’une matière de querelles aux partis politiques, ce qui, on l’avouera, est bien peu de chose.