Cristoforo Colombo (de Lorgues)/Lettera di Sua Santità il Papa Pio IX al Conte Roselly De Lorgues

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Lettera di Sua Santità il Papa Pio IX al Conte Roselly De Lorgues

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LETTERA

DI

SUA SANTITÀ IL PAPA PIO IX

AL CONTE

ROSELLY DE LORGUES


PIUS P. P. IX.


Dilecte Fili, salulem et Apostolicam benedictionem. In tuis ad nos litteris Kalendis Novembris proximi datis, novum invenimus tui jampridem cogniti et probati pro sanctissima religione studii testimonium cum singularis erga Nos Sanctamque hanc Petri Sedem devotionis et observantiæ sensibus conjunctum. Quare nihil potius te habere significas quam ut historiæ luce adhibita stupenda et maxime insignia beneficia ab Religione ipsa in remotissimas novi orbis plagas derivata ostendas atque propugnes. Ejus sane generis est argumentum, de quo scribere, ut ais, mox tibi proposuisti. Cum in lucem publicam illa prodierint documenta, quæ partem novi orbis a Christophoro Colombo primum detectam spectant, apparebit [p. 8 modifica]certissime, ut tu jure Optimo affirmas, Dilecte Fili, Christophorum ipsum Apostolicæ hujus Sedis impulsu et auxilio Clerique præsertim magno studio id præcellentis cœpisse consilii. Ingenio idicirco et voluntati tuæ jam tunc gratulamur, Dilecte Fili, tibique uberem cœlestium munerum copiam ab Illo impense precamur, a quo est omne datum optimum, et omne donum perfectum. Quorum auspicem simulque paternæ qua te prosequimur caritatis pignus, habeas Apostolicam Benedictionem quam ipsi tibi, Dilecte Fili, intimo cordis affectu amanter impertimur.

Datum Romæ apud S. Petrum die 10 decembris anni 1851 Pontificatus Nostri anno VI.

PIUS P. P. IX.

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Mon cher Ami!


Au Deserto, sur la frontière Suisse, ce 29 Aoùt 1856

summo mane.


S’il plaît a Dieu les chaleurs suffocantes sont passées! Je profite de la fraîcheur qu’une abondante pluie a laissée pour courir en tous les sens les environs de cet hermitage, où, il ya deux ans, je compulsais le dossier original du procès de la Signora di Monza, où l’été passé j’ai compilé les Mémoires inédits de Jérôme Morone (c’est un livre dont je yous suis encore débiteur).

D’ordinaire je pars d’ici le matin pour y revenir le soir du landemain, poussant pédestrement tantôt à droite, tantôt à gauche, et prenant pour but de mes excursions des sanctuaires pittoresques, des presbytères hospitaliers, des couvens où m’attire la sympathie, des villas où on convie l’amitié.

Cette semaine, remplie pour moi de mouvement, l’a été encore davantage d’idées sérieuses: j’ai joui en mème temps des plus gracieux tableaux de la nature, et des plus émouvantes révélations de l’histoire. J’avais dans mes courses un compagnon inséparable, Cristophe Colomb... Vous devez être fier de l’avoir connu el révélé! c’est une épopée que Vous venez de chanter, mieux qu’une épopée; puisque les magnifiques tableaux qui s’y déroulent sont scrupuleusement vrais, puisque les enseignemens salutaires et frappans que chacun peut en tirer, laissent bien loin les beautés poétiques les plus vantées. Votre œuvre est mieux encore qu’un beau livre; elle est une bonne action. Colomb aspirant à découvrir le Nouveau Monde, dont il avait la perception mysthérieuse et certaine, se proposa pour but et pour récompense le salut des âmes, et la gloire de Dieu: Vous, en rétablissant la vérité si malignement et obstinément [p. 10 modifica]obscurcie, amoindrie, faussèe sur ce champion du Christ si bon, si aimable, si grand, si malheureux, Vous nous avez présentè un modèle à suivre, un type à étudier, une consolation à gôuter: Vouz avez fait pour les hommes du dixneuvième siècle ce que les pieux agiographes du septième, huitième et neuvième siècle faisaient pour leurs contemporains: ils écrivaient à l’abri de leurs moûtiers les vies légendaires des saints convertisseurs des payens, des barbares, les vertus des ascètes, des héros chrétiens, dont les actions sublimes rayonnaient dans les ténèbres: ils répandaient ainsi sur les annonces evangeliques un charme qui captivait les âmes, une divine émanation de poésie: l’exemple de vertus jusqu’alors ignorées s’insinuait peu à peu dans l’âme des oppresseurs, des opprimés; c’étaient autant de coups frappés à des portes qui s’ouvraient doucement ‘a l’Hôte inconnu. . . Et Vous, mon ami, ne venez vous pas de faire la même chose pour nous, qui ne sommes pas payens, mais indifférens, qui ne sommes pas barbares, mais corrompus, qui ne sommes pas abrutis par l’ignorance, mais enivrés par l’orgueil? Oui; Vous venez de faire à notre avantage précisément ce que fairaient les pieux moines des âges ténébreux s’ils réssuscitaient parmi nous: poussés par leur ardente charité, ils se mettraient en quête d’un nom capable de frapper les imaginations par la grandeur des souvenirs qu’ils évoqueraient; ils demanderaient à ce grand’homme l’exemple pratique des vertus chretiénnes dont nous nous montrons plus oublieux: la curiosité poussée jusqu’a l’impiété, aboutissant à l’athéisme, l’Orgueil touchant à la folie, aboutissant à nous diviniser nous mêmes par le panthéisme, la passion des interêts matériels étouffant la spiritualité, aboutissant à un égoisme effréné, ne sont-ce-pas là les lignes caractéristiques du tableau de notre èpoque? Eh bien! voila Colomb, qui, dècouvrant le Nouveau Monde, nous apprend quels fruits sait mûrir une curiosité que Dieu éclaire et dirige; [p. 11 modifica]voila Colomb dont les confidences touchantes, les souffrances ineffables, la mort résignée revêtent l’auréole de l’humilité la plus profonde; voila Colomb, lui qui avait ouvert la source inêpuisable des richesses, dont le désintéressement est heroique, qui vit stoïquement, et meurt pauvre, souriant au ciel qui l’attend, et pardonnant aux hommes qui l’ont maltraité. . . Oh voila bien un type que l’agiographe ressuscité s’empresserait de nous présenter pour la guérìson de nos àmes! Le protagoniste de la légende, pour servir au but de l’agiographe, ne devrait-il pas se prêsenter revêtu du double prestige d’une vie pleine de mémorables aventures, d’un cœur riche des plus aimables vertus? ce sont-là les deux élémens de la perfection légendaire: la légende est de tous les temps, parceque la nature humaine ne change pas; mais la légende au dixneuvième siècle doit se placer à la hauteur des lumières qui s’y sont répandues, des besoins qui s’y sont développés: si elle ne doit pas repousser de son cadre les guìrlandes poètiques et allegoriques, dont se plaît la foi des simples, elle est en deveir de se présenter aux tièdes, aux sceptiques rayonnante d’évidence, persuasive comme une démonstration scientifique, non moins brillante des attraits du style, des grâces de la diction, que forte de l’évidence des argumens, et de la certitude des faits... Honneur à Vous, mon ami, d’avoir réinvoqué l’apostolat légendaire des agiographes! Plus d’une âme se trouvera salutairement frappée par votre Colomb, comme l’a été la mienne: en le lisant j’ai senti qu’elle se retrempait à une vigueur dont elle avait besoin; car qui n’a des jours vides et découragés dans le eours de sa vie? mais qui peut arrêter son attention sur Colomb, se rendre compte de ses joies fugitives, de ses déceptions poignantes, le suivre dans les épreuves qui lui èchürent si variées, si terribles, si glorieuses, qui pourrait, dis-je, lire, comme [p. 12 modifica]je viens de faire, votre Colomb, et ne pas se sentir devenu moins faible, plus confiant en Dieu?

«En voyant de si grands services si mal rètribués, de pareils droits méconnus, on apprend a supporter avec moins de peine les petites injustices, les froissemens d’intérét, les piqûres d’amour-propre, les passe-droits, les torts du public, on des supérieurs: on n’osera plus se plaindre de contrariétés, de vexations, de préférences injustes en se rappelant que Colomb souffrit sans murmurer — »: oui, vous avez raison! avec un tel modèle sous les yeux de souffrance résignée et de courage chrétien, il ne doit plus être permis de se laisser impressioner si fort par de misérables soucis — respicere exemplar vitæ morumque jubebo! — Votre Colomb est pour les hommes d’étude et d’imagination, blessés par la hauteur même de leurs aspirations, ce que sante Elisabeth de Thuringe, que nous possédons gracieusement peinte de main de maître, est pour les femmes, que l’infélicité domestique écraserait, si, comme cette aimable Sainte, elles ne rafraîchissaient leurs âmes à la source des vérìtables consolations.

le 29 au soir.


Je viens de rentrer de mon pèlerinage: j’ai été visiter le Sanctuaire de la Madonna del Monte à quatre lieues de mon hermitage. Quatorze chapelles d’architecture variée, qu’on peut appeler autant de petits temples, ronds, carrés, exagones, octogones, ont été distribués le long d’une large avenue qui serpente un quart de lieue sur le flanc d’une montagne isolée et boisée, et monte jusqu’à l’église du village perché sur le sommet. Les chapelles, décorées à l’extérieur de colonnes, d’arcs, de vestibules élégans, prèsentent à l’intérieur les mystères du Rosaire [p. 13 modifica]figurés au naturel par des groupes de statues en terre-cuite à couleurs, distribuées scéniquement, avec un accompagnement analogue de peintures à fresque, qui couvrent les parois et la voûte. Architectes, statuaires, peintres ont rivalisé de savoir-faire et de vigueur: si le bon goût fait souvent defaut aux œuvres de ces artistes du dixseptième siècle, le sentiment religieux en deborde, et ils furent admirablement inspirès chaque fois qu’ils représentèrent les doux tableaux de l’enfance de Jésus, et la sublime dignité des douleurs du Messie, et de sa Mère: c’est aux dépens des Pharisiens, des traîtres, des bourreaux, (les Ovando, les Bobadilla, les Fonseca de Colomb) qu’ils se sont donne libre carrière, les gratifiant de toutes les imaginables laideurs. Ce sont-là des créations naîves, et, en meme temps, savantes d’un art plein de sève, conduites avec une vigueur d’expression et de contrastes qui frappe d’admiration les intelligens, et fait les délices de la multitude. A l’impression produite par ces tableaux plastiques, aux quels rien ne manque que le mouvement et la vie, ajoûtez l’effet produit par le panorama dont on jouit, en montant, des Alpes, des Apennins, des villages et villes sans nombre disséminés sur les côteaux, au fond des vallées, sur les bords de sept lacs dont les nappes animent le vaste paysage jusqu’au pied du Mont-Rosa couronné, de neiges eternelles. Je vous avoue que je suis fier de la Madonna del Monte, car c’est à ses pieds que je suis né.

J’étaìs-là seul avec le vif souvenir de deux immenses souffrances, celle du Christ digne de Dieu, celle de Colomb digne du Christ: à chaque chapelle je m’arrètais longuement à lire: savez-vous quelle page m’est échue sous le vestibule de la chapelle du Crueifiement? la voici.

«Pauvre, méconnu, calomnié, trahi, Colomb, prêt à mourir, ne laissa entendre aucune plainte; et renfermant au fond de son isolement l’amertume de ses tristesses, il les offrit à Cèlui [p. 14 modifica]dont il avait porté la Croix. Ce calme dans le comble des afflictions, ne laisse-t-il pas deviner autre chose que la vertu? trouve-t-on dans l’histoire un exemple qui lui soit semblanble? La philosophie est aussi impuissante à inspirer qu’à expliquer cette sublime résignation: c’est que le Messager du Salut tenait devant ses yeux le Crucifix; il se rappelait que notre divin maître Jésus, venant apporter à l’humanité plus qu’un monde, plus que tous les mondes, la vérité, la voie et la vie, avait été calomnié, persécutè, garrotté, battu de verges, donnè en spectacle à la foule, et livrè au dernier supplice, malgrè son innocence declarée: à son image le Révélateur du globe se taisait sur son lit de douleur, et comme le Libérateur des nations pardonnait à ses ennemis.... — » Les Stoïciens romains sur le point de s’ouvrir les veines cherchaient avidement dans les traités de Platon un espoir d’immortalité... Votre Colomb est digne de poser sur l’oreiller du chrétien mourant, parceque vous vous êtez servi du Héros pour élever les âmes au Rédempteur.

Adieu, mon cher Ami: soyez béni pour votre œvre! la fatigue et l’émotion me font deposer la plume: peut-étre la repreudrai-je bientôt, car j’ai quantitè d’autres choses àvous dire.

T. Dandolo.