L'amore paterno/Appendice

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Appendice

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Atto III Nota storica
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APPENDICE.

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EXTRAIT

DE

L'AMOUR PATERNEL,

COMEDIE ITALIENNE

EN TROIS ACTE EN PROSE

Par M. Goldoni

Composée pour les Comediens Italiens Ordinaires
du Roi, et par eux representée au mois
de Decembre 1762.

Avec les lettres de M. Goldoni, et de M. Meslé
tant sur cette Piece que sur plusieurs autres objets des Spectacles.


Le prix est de 24 sols.


A PARIS.

Chez DUCHESNE, Libraire, rue Saint Jacques,
au-dessous de la Fontaine Saint Benoit,
au Temple du Goùt.

M. DCC. LXII.

Avec Approbation et Privilege du Roi.

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La Comedie n’a pas été représentée au mois de Decembre a cause de la maladie de Mlle. Veronese, et au mois de janvier a cause de l’accouchement, et de la maladie de Mad. Savi.

L’Extrait ne présente que le simple Plan de la Comédie. On fairait tort à l’Auteur, on blesserait la verité, si on le faisait passer pour la Comédie même.

Elle a été représentée le 4 Fevrier, et elle a été acueillie avec l'applaudissement le plus éclatant.

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LETTERA

DEL SIGNOR

GOLDONI

AL SIGNOR

MESLÉ.1


ECCOMI, Signor mio, alla vigilia di esporre per la prima volta a questo Pubblico una mia Commedia. Questa è una cosa, che ho di lontano moltissimo desiderata, e che ora da vicino mi fa tremare. Voi siete un buon conoscitore del Teatro, voi lo amate e lo frequentate, e vi è nota la difficoltà d'incontrare con un tal genere di produzioni. A me piucchè agli altri si rende malagevole un tale impegno, e per lo mio scarso talento, e per la situazione in cui mi ritrovo. Non nego di essere stato fortunato in Italia, e di aver acquistato con poco merito maggior onore di quello mi si doveva, ma ciò è derivato dalla miseria in cui languivano i Teatri del mio Paese, ed il poco che ho fatto mi ha valuto per molto. Ora sono in Parigi, dove il valoroso Molier gettati ha i semi della vera Commedia, e dove tanti felici ingegni l'hanno si ben coltivata ed adorna. Un popolo sì illuminato per natura, per educazione, e per genio, avvezzo alle più brillanti e alle più regolate rappresentazioni, non averà per me l’indulgenza de’ miei parziali compatrioti: ed ecco la ragione del mio timore, che amareggia ogni mia contentezza. Ma vano è ormai ogni mio pensamento. Mi sono lasciato adulare dalla speranza: ho ceduto al cortese invito. L'amor proprio mi ha consigliato, mi ha qui condotto. Sono nel grande impegno e deggio adempierlo come posso. [p. 328 modifica] Oltre ai disavvantaggi del mio talento, ho quello ancora di una lingua straniera. Non so scrivere assolutamente Francese, ma quando anche il sapessi, io deggio scrivere per degli Attori Italiani. Il maggior onore della Commedia Italiana, è ch’ella stata sia2 ricevuta in Francia, e tuttavia si mantenga stipendiata dal maggior Monarca del Mondo, e ben veduta dalla più colta Nazion dell’Europa. Considero non pertanto, che le Commedie rappresentate in Parigi finora dagl’Italiani sono state meramente giocose, e che l'abilità delle Maschere ha prodotto di esse il maggior bene e il miglior effetto. Io sono ammiratore di tali valentissimi Personaggi. Lodo ancor io lo spirito e la franchezza de' nostri attori, che si distinguono da tutti gli altri del mondo nell’improvviso, e sono persuaso, che non si abbia a perdere intieramente un sì bel privilegio della nostra Nazione, ma io ho fatto l'uso di scrivere le Commedie diversamente, ed ho seguitato, come ho potuto, le tracce de’ migliori Maestri. So che pochissimo ho profittato, ma pure non so3 staccarmi dal mio sistema. Darò di mal cuore, e per compiacenza, delle Commedie a soggetto se ne vorranno, ma per la prima ch’io deggio esporre, non ho coraggio di farlo.

Voi, Signor mio, che per bontà vostra v’interessate per l’onor mio, giustamente mi avete fatto considerare, che una Commedia intieramente scritta in favella Italiana non sarà intesa in Parigi comunemente. Il riflesso è verissimo: molti intendono l’Italiano, ma non già tutti, e tutti quei che concorrono ad un tale spettacolo, hanno ragion di voler intendere. So per altro qual sia l’ingegno vivace e pronto degli4 Francesi, e so che poco basta per farli intendere. Se meno mi fidassi del loro ingegno, o avrei lasciato di scrivere, o avrei stampata la mia Commedia colla traduzione in Francese, ma nel primo caso avrei mancato al mio debito, e nel secondo avrei mostrata troppa temerità. Ho scelta la via di mezzo, ho formato un estratto della Commedia, ho reso conto in esso di ciò che si tratta di scena in scena, ho pensato di farlo mettere in vostra lingua e di pubblicarlo, e son sicuro che il poco che [p. 329 modifica] leggeranno, servirà agli uditori esperti per far loro intendere il dialogo, l'interesse e l’intreccio. Ho di bisogno per questo di un traduttore, ed ecco. Signor mio, la ragione per cui vi spedisco gli annessi fogli.

Voi che mi amate, Voi che intendete l’Italiano sì bene, come il Francese, voi che compiaciuto vi siete di tradurre qualche altra opera mia, traducete, vi supplico, ancora questa, e datele quell’aria di semplicità e di chiarezza, che io non avrò saputo adoprare. Le prove di sincera amicizia che mi avete date sinora, mi assicurano della vostra condescendenza, ed io vi avrò un debito infinito, e sarò sempre, quale con vera stima e rispetto vi assicuro di essere


Vostro Umilissimo Obbligatissimo Servitore

Goldoni.


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TRADUCTION

De la lettre de M. GOLDONI à M. MESLE.5


Me voici, Monsieur, à la veille de faire représenter à Paris la première Comédie que j’y ai faite. La chose du monde qui me flattoit le plus, tant que je ne l'ai vû que dans l'éloignement, me fait trembler maintenant que je suis au moment d’en jouir. Vous sçavez, Monsieur, la difficulté qu'il y a de réussir dans les ouvrages Dramatiques, vous qui êtes un si bon connoisseur du Théâtre, vous qui l'aimez et le fréquentez. Mes foibles talens, et les circonstances ou je me trouve, rendent la chose encore plus difficile pour moi que pour tout autre. Je conviens d’avoir eu quelque succes en Italie. On m’y a fait sans doute plus d’honneur que je n’en méritois; mais il faut l'attribuer à l’état misérable où languissoient les Théâtres de mon Pays. On a cru devoir me tenir un grand compte du peu que j’ai fait pour les relever. Aujourd’hui je suis à Paris, où le célèbre Molière a laissé les semences de la vraie Comédie, et ou tant de génies heureux l'ont cultivée et embellie. Un peuple aussi éclairé que les François, et dont les lumieres naturelles sont encor augmentées par l'education, un peuple accoutumé aux représentations des pièces les plus sublimes et les mieux conduites, n’aura pas pour moi l’indulgence et la partialité de mes charitables compatriotes. C'est ce qui cause mes craintes, c'est ce qui empoisonne ma joie, et altère mon honneur. Mais toutes mes réflexions sont inutiles à présent. Je me suis laissé flatter par l'espérance, j’ai cedé à une invitation pressante et glorieuse. L’amour propre m’a conseillé et m’a conduit ici. Je me suis chargé d’une entreprise difficile, il faut donc la remplir comme je pourrai. [p. 331 modifica]

Outre les desavantages de mon peu de talent, j’ai encore contre moi celui d’une langue étrangère. Je ne sçais point absolument écrire en François, et quand je le sçaurois, il faut que j’écrive pour des Auteurs Italiens. Le plus grand honneur qu’ait jamais eu la Comédie Italienne est sans contredit d’avoir été recue en France, d’y être soutenue et protégée par le plus grand Roi du monde, et d’y être accueillie par la nation de l'Europe la plus cultivée. Je trouve néanmoins que les Comédies Italiennes qui ont été représentées à Paris jusqu'à présent, n'ont été que des pièces bouffones, et qu'elles ont dû leur plus grand succès à l'habileté des Acteurs à masques. Je suis assurement un des premiers admirateurs de ces sortes de Personnages, et des Acteurs qui les jouent, et je ne puis faire trop d’éloges du génie et de la présence d’esprit de nos Acteurs, qui par l’art difficile qu’il ont de parler à l'impromptu, méritent d’être distingué des Acteurs des autres nations. J’ajoute même que ce talent qui n’appartient qu’à nous, est trop beau pour le laisser perir. Mais, Monsieur, je suis dans l’usage de composer differemment mes Comédies, et j’ai suivi tant que j’ai pû les traces des meilleurs maitres. Quoique je sçace bien que j’ai peu profité de leurs lecons, je ne puis me détacher de mon système. Je donnerai par la suite, si on le veut, des Pieces à cannevas, mais ce sera malgré moi et par pure complaisance. Quant à présent, et pour la première Comédie que je donne au Public, je n’ai pas le courage de le faire.

L’intérêt que vous avez la bonté de prendre à ma réputation, vous a engagé, Monsieur, à me faire une heureuse obseroation. Vous m’avez fait considerer qu’une Comédie entierement écrite en Italien, ne seroit point universellement entendue à Paris. Votre réflexion est très-juste. Plusieurs François, il est vrai, entendent l'Italien, mais ce n est pas le plus grand nombre, et tous ceux qui vont à un spectacle, ont raison de vouloir l'entendre. Je sçais bien que l’esprit François a tant de vivacité et d’aptitude, qu'il faut peu de chose pour lui faire comprendre le sens d’un ouvrage; aussi, sans la confiance que j'ai eue dans le genie de votre nation, ou je n'aurois rien composé, ou j’aurois fait imprimer [p. 332 modifica] ma Piece avec la traduction Françoise. Mais d’un coté ç'auroit été manquer à mes engagemens; de l’autre, ç’auroit été montrer trop de présomption. J’ai pris un milieu dans ces deux partis. J’ai fait un Extrait de ma Comédie, et j’y ai rendu compte Scene par Scene de tout ce qui se fait dans la Piece. J’ai resolu de faire mettre cet Extrait en François, et de le faire imprimer. Je suis bien persuadé que cet Extrait, quelque sommaire qu'il soit, suffira aux spectateurs pour les faire comprendre le Dialogue, l'Intérêt, et l'Intrigue.

J’ai besoin pour cela d’un Traducteur, et je n’ai pas cru, Monsieur, pouvoir mieux m’adresser qu à vous qui m’aimez et qui entendez l'Italien aussi bien que le François, et qui vous êtes déjà fait un plaisir de traduire quelques-uns de mes ouvrages. Je vous prie donc d’avoir encor cette complaisance pour l’Extrait que je vous envoie, et de lui donner ce ton de simplicité et de clarté qui est au-dessus de mes forces. Les preuves de la sincere amitié que vous m’avez données jusqu'à présent, ne me permettent pas de craindre un refus. Soyez, je vous prie, persuadé que je vous en aurai une obligation infinie, et que je serai toute ma vie avec une véritable estime, et une sincere amitié,

Monsieur

votre, etc. GOLDONI.


A Paris le 2 Novembre 1762. [p. 333 modifica]

LETTRE

de M. MESLE en reponse à celle de M. GOLDONI.


Je vous envoie, Monsieur, la traduction de votre Extrait, qui malgré les détails que vous avez eu soin de lui donner, ne presenterà qu'une idée imparfaite de votre Piece. Je vous avoue que ce n'est qu'apres l'avoir lue en entier sur le manuscrit que vous m’avez confié, que j’en ai senti les beautés. L’Extrait m’en avoit bien indiqué le sujet et la marche, mais il ne m’avoit pas rendu la finesse, la vivacité et les plaisanteries du Dialogue, le jeu, la chaleur et l'intérêt des situations, la liaison et l'apropos des Scenes, que la Piece entière m’a fait connoître.

Au reste j’ai conservé autant que le genie de notre langue a pû le permettre, vos tours et vos expressions, surtout dans les morceaux de Poësie. Mais à cet égard, j’ai cru que la prose ne feroit pas assez sentir aux François qui n'entendent point l'italien, l'harmonie et la beauté de vos vers; et comme j’ai craint en même-temps que la servitude de la rime ne m’éloignât trop de votre texte, et ne défigurat vos pensées, j'ai pris le parti de mettre en vers blancs le Sonnet, la Cantate, et le Madrigal, en vous suivant vers à vers, et en emploiant, tant qu’il a été possible, les mêmes épithetes, et la même mesure que vous. Je souhaite de tout mon coeur, que cette traduction vous fasse autant de plaisir que j’en ai eu à la faire, et je m’estimerai toujours heureux, quand le peu de connoissance que j’ai de votre langue me procurerà l'occasion de la faire naître souvent; il est bien juste que ce que je sçais d’Italien soit employé pour vous, puisque c’est a vous que je le dois, et que ce n'est qu'en vous lisant que j'ai connu et aimé les beautés de cette langue, et que j’y ai fait quelques progrés. Je ne vous fais point ici un vain compliment; j'ai pour garand de ma sincerité M. de Voltaire, l’homme de France qui se connoit le mieux à tout. Il a écrit quelque part qu’il faisoit apprendre l'Italien dans vos Pieces à [p. 334 modifica]la petite fille du grand6 Comeille, qu’il a chez lui, comme vous sçavez. Au surplus, Monsieur, l'estime particulière que ce grand homme fait de Vous et de Vos ouvrages, les temoignages publics qu’il en a rendu en prose et en vers7 ; les principaux caractères et presque le fond de la plupart de vos pieces que nos Auteurs ne dédaignent pas de transporter tous les jours avec succès sur le Théâtre Francois, l'accueil que nous avons fait en demier lieu à deux de vos Comédies jouées successivement sur le Théâtre Italien, l'une vos Pettegolezzi, ajustée en Francois sous le titre des Caquets8 l’autre votre Fils d’Arlequin perdu et retrouvé, donnée en Italien9, les traductions de plusieurs autres, l’ardeur avec laquelle vos oeuvres en general ont été recherchées ici, tout enfin doit vous rassurer sur les craintes que votre modestie m’exprime dans votre Lettre, et vous convaincre mieux que ce que je pourrois vous dire, que vous n êtes point étranger en France. Vos talens vous y ont naturalisé depuis long temps, et rien ne peut plus vous faire perdre une réputation si bien, si justement établie, et fondée sur un nomhre si prodigieux d’excellents ouvrages. Mais en supposant, Monsieur, que la Piece que vous allez donner à Paris ne réussisse pas comme elle auroit fait en Italie, il ne faudroit pour cela ni désesperer pour l'avenir, ni même vous en étonner. Le Théâtre pour lequel vous travaillez, ni ceux qui le fréquentent ne sont pas accoutumés, du moins quant au genre Italien, à la finesse, à la régularité, ni à la conduite, que vous observez, et auxquelles vous avez sçu ramener les Théâtres de votre pais (dont le Théâtre Italien de Paris est l’image dans ce genre). Vous avez banni de chez vous, comme le dit encore M. de Voltaire, les farces insipides, les sottises grossieres qui les deshonoroient; [p. 335 modifica] mais elles sont encor adoptées ici. Par la malheureuse habitude que nous avons d’y rire, nos oreilles et nos yeux ne se feront peut-être pas tout de suite à un comique simple, naturel, raisonnable, mais noble et interessant, et dénué de cet apparai éclatant qui accompagne souvent quelques unes des nos Comédies Italiennes.

Esclaves de ces futilìtés, nous le sommes encor des masques dont votre genie vous a delivré. Vous les avez faìt oublier en Italie, et sans eux on deserteroit en France les Pieces Italiennes. Il est cependant bien aisé de concevoir combien cet antique et ridicale usage nuit à l'art de l'Acteur, et au plaisir du spectateur. Si l'ame est le siége des Passions, le visage en est le tableau, et ses expressions sont toujours plus vraies, plus eloquentes et plus promptes que celles de la voix et du geste. Plus il peut être découvert, plus l'Acteur qui a de l'ame, a des ressources pur rendre toutes les vérités de ses situations, et en remplir le spectateur. Que l’on interroge là dessus nos grands tragiques, les Le Kain10, les Brizard11, etc. On apprendra d’eux qu’ils gemissent quand la loy du Coutume les oblige de porter des Casques, des Turbans etc. qui leur cachent un peu le front, parcequ’alors tout leur art ne peut se déoelopper, et que la moindre partie du visage leur est necessaire pour bien exprimer ce qu’ils sentent. Il n'y a guere de Comédie, quelque bouffonne qu'elle soit, qui ne soit susceptible des memes passions que la Tragèdie à quelques nuances près: mais sans parler de la joie, de la crainte, de la douleur, du plaisir, de la colère et de tous les autres sentimens qui appartiennent egalement à l'ame et au visage, je ne parle ici que des effets qui dependent uniquement du visage, camme la rougeur, la paleur etc. peut-on les voir sous un masque? n'eclate-t-on pas tous les jours d’un rire ironique et méprisant chaque fois que Arlequin est annoncé rougir ou palir? L’impossibilité frappante de le remarquer ôte sur le champ l'interest, et l'interest ôté, quel plaisir reste-t’il à des gens raisonnables? Je sçais bien qu’il faut que le spectateur se fasse quelquefois illusion sur bien de [p. 336 modifica]choses, mais il faut, aumoins, qu ’à coté de l'erreur il y ait un peu de verité, et que l'illusion ne soit pas un aveuglement. Or à quel dégré ne faut-il pas s’aveugler pour prendre Arlequin avec son masque hideux pour une jeune et belle Princesse, comme il faut le supposer dans quelques Pieces Italiennes?

Une des plus grandes contradictions de l'esprit humain, c'est sans doute la differente disposition, dans laquelle nous nous trouvons aux deux Comédies de Paris. Nous sommes aux Italiens avec un autre gout, d’autres yeux, et même une autre ame qu'aux Francois. On diroit qu’il y ait un talisman aux portes des deux Théâtres, qui au moment que nous y mellons le pied nous transforme, et nous metamorphose sans que nous nous en apercevions. Nous applaudissons à l'un, ce que nous sifflerions à l'autre. Tout le naturel, tout l'art, tout le jeu, tous les agrémens des Preville 12 et des Dangeville 13, ne nous rendroient pas seulement supportable ce que les Carlin14 et les Camille15 nous rendent délicieux. Il ne faut pas, je crois, chercher les raisons de cette contradiction ailleurs que dans l'habitude; et vous sçavés, Monsieur, qu’à cet égard l'esprit est bien plus difficile à guerir que le corps.

Je ne pretend pas, il s'en faut de beaucoup, avilir nos Acteurs Italiens, dont j’estime et j’admire autant que vous les talents. Il y a longtemps que j’ ai reconnù dans l’Arlequin16, dans le Pantalon17, et dans tous ceux qui composent à Paris la scène Italienne, non pas seulement ce qu’on appelle un bon Arlequin, un bon Pantalon, etc. mais des Comédiens excellens, et des Acteurs pleins d’âme et de genie. Je ne m’en prends donc point aux Comédiens Italiens, de la misère des Comédies Italiennes. Je les [p. 337 modifica] crois au contraire très en état de seconder les vues d’un réformateur habile qui entreprendroit de nous tirer des ténèbres et des yeux de l'enfance. Mais je m’en prends à notre goût qu'il sont obligés de servir à l'usage, qu’ils sont obligés de suivre.

Vous aurés donc, Monsieur, à combattre les progrès de l'habitude et du préjugé pour nous faire sentir le prix de vos Comédies Italiennes, qui ne ressemblent tout au plus que par l'idiome à celles que l'on donne ici ordinairement, et vous allés être géné non seulement par les spectateurs, mais encore par les Acteurs, qui, accoutumés à n'avoir point de rôles écrits dans les piéces Italiennes, et par conséquent à ne point apprendre par coeur, seront eux-même génés, par un travati inusité, et n’auront peut-étre pas d’abord dans le débil cette aisance et ce naturel qui font oublier l’Auteur et l’Acteur, pour ne laisser voir que le personnage. Je crois que vous n'avés qu’un moyen de vaincre tous ces obstacles; c'est de n’avoir que votre génie pour guide, de ne le point asservir à des idées étrangères, de nous élever jusqu’ à vous, plutôt que de descendre jusqu'à nous, en un mot de composer en France, comme en Italie, et de copier, comme vous avés toujours fait, la nature qui est la même par tout. Il n est point de milieu suivant moi. Si vous voulés allier votre genre au notre, vous ferez des monstres qui ne vous plairont pas plus qu’à nous. Je ne dis pas cela pour votre Amour paternel où vous avés sçu, par un heureux effort de l’art, conserver votre maniere, en prenant le ton Francois, et en vous familiarisant avec le caractere de nos Acteurs, parce que c'est notre genre noble et délicat que vous avés adopté, et non notre genre Italien, et que Vous l'avés fait avec une facilité naturelle. La contrainte, vous le sçavez mieux que personne, n’est pas faite pour les ouvrages d’esprit. Que craignez-vous de donner au vôtre tout son essort? Vous voyez souvent, depuis que vous êtes à Paris, l’accueil que l'on fait au Fils d’Arlequin, et au pathetique de cette Piece qui sort de la forme ordinaire de la plûpart de nos autres Comédies Italiennes. Il en sera de même pour tous les sentimens que vous voudrez peindre quand vous le ferez avec [p. 338 modifica]l’art qui vous est propre. Ce seroit bien mal presumer de nous que d’imaginer que vous ne nous ferez pas goûter tôt ou tard des Pieces comme les vôtres, prises dans le sein même de la nature, dont on vous appelle le fils avec raison, des Pieces qui iniéressent par l’intrigue, touchent par le sentiment, plaisent par le Dialogue, amusent par les bonnes plaisanteries qui naissent des choses, et non des mots, surprenent par les situations, instruisent par la morale, satisfont par le dénouement, et qui en un mot ressemblent plus à nos bonnes Comédies Francoises, qu’à nos farces Italiennes. J’en appelle non seulement à tous ceux qui ont vu représenter vos pieces, mais encore à ceux qui n’ont pû que les lire, soit dans les originaux, soit dans les traductions qui on été faites de quelques unes. Dans les cent douze Comédies qui vous avés composées, sans compier vos Opéra-Comiques qui sont encore en grand nombre, je suis persuadé qu'il y en a beaucoup qui dans les mains, je ne dis pas d’un Auteur décidé, mais seulement d’un homme un peu connoisseur du Théâtre, un peu zélé, pourroient avec les changemens qu’exigent nécessairement nos moeurs, et les loix de notre Théâtre, mériter les honneurs de la scene Francoise. Aussi inviterois-je, si j’en avois l'occasion, et tous les Auteurs et tous les gens de goût qui ne connoissent pas vos ouvrages, à se convaincre dans la nouvelle, et belle édition que vous en faites actuellement18, de ce que je vien de dire, et à l’effectuer, heureux de pouvoir au moins par là contribuer en quelque chose à l’honneur du premier théâtre de l'Univers. Ce seroit lui rendre un grand service, ainsi qu’à la nation, d’augmenter un peu le riche et superbe fond qu'il a déja; mais qui tout excellent qu’il est, s’use de jour en jour, et demanderoit d’autres nouveautés comiques, que celles qu’on y voit la plupart du temps. Les traces de Molière sont perdues, et la vraie Comédie est oubliée: nous ne manquons ni de vices, ni de ridicules; mais [p. 339 modifica] nous manquons de bons peintres, pour les copier, ou du moins ih sont bien rares, et leurs pinceaux se reposent souvent. II faut plusieurs anrées pour voir éclore une Comédie digne de ce nom et de la posterìié. On croit maintenant en avoir fait une bonne, quand on a barbouillé (passés mot le terme) quelques portraits, et qu’ on les a confus ensemble tant bien que mal à des froids madrigaux, et à des maximes triviales, oìt l’on appercoit toujours r effort et le travail, quelquefois V esprit, mais jamais le genie. C'est lui cependant qui fait la bonne Comédie et la bonne Tragédie, plus que l'esprit. Je les comparerois volontiers au general et au soldat. Le premier est fait pour conçevoir, combiner, prévoir, arranger; l’autre n’est fait que pour agir et exécuter. Le bon general conçoit bien, et le bon soldat exécute bien. Voilà le genie et l'esprit.

Vous entendréz publier par tout, vous lirez même dans quelques modernes brochures, un sistème qui vous étonnera. On prétend que tout est épuisé par Molière et ses successeurs, que les vices et les ridicules sont toujours les mêmes; mais que les goùts sont changés, enfin que nous ne scavons plus rire. Vous ne le croirés pas, et vous aurés raison. Ce que vous avez fait vous même, vous prouvera ce qui seroit à faire. La nature n'est-elle pas un fond inépuisable pour nous camme pour vous? Ce que nous fait paroitre difficiles à rire, c'est qu’on s’y prend si mal pour ij réussir, qu'en effet nous ne rions pas, ou que de moins nous ne connoissons plus, quella specie di riso, che viene dal frizzo nobile e spiritoso, ed è proprio degli uomini di giudizio. Ce qui fait croire notre goût changé, c'est le changement, non pas des vices, car le coeur humain est toujours le même, mais des ridicules qui ont des nuances differentes que dans le dernier siecle, et qui à plusieurs égards ne sont pas absolument les mêmes. Voilà pourquoi plusieurs bonnes pièces anciennes n'ont plus pour nous la même saveur. Nous n’y rions plus avec la même vérité. Peut-être ne seroient-elles pas accueillies aujourd’hui, si on les donnoit pour la première fois. Leur ancienne réputation les soutient, l’habitude y fait aller et une mauvaise honte empécbe de les juger. On [p. 340 modifica] crieroit au blaspheme contre celui qui oseroit parler froidement d’une Comédie célèbre, dont le brillant succès conservé par la tradition, est devenu une loi irrévocable. Je ne crois pas cependant que l’on en soit intérìeurement la dupe. Dans un siecle ou l’esprit philosophique s’étend sur tout, on doit s’appercevoir que cette pièce célèbre qui devoit avec raison amuser autrefois, doit nécessairement étre insipide aujourd’hui, parce qu’elle nous présente des objets que nous ne connoissons pas par nous mêmes, et que, hors du Théâtre, nous ne voyons plus nulle part. Il y a, si je puis me servir de cette expression, un espéce de coutume dans les ridicules qui varie aprés un certain temps, et que le bon peintre doit toujours suivre, pour faire un tableau parfait. Cette matiere demanderoit à être développée, et je me hazarderois de le faire, si cette Lettre n'étoit déja trop longue pour la grossir encore des details indìspensables qu’exigeroient les preuves et les exemples qu’il faudroit vous donner. Je me propose en m'instruisant avec vous dans nos entretiens particuliers, de vous faire part de mes reflexions à ce sujet.

Mais je crois devoir vous prevenir ici sur un second sistême plus barbare que le premier, et que le hazard pourroit bien vous faire lire encore. On m’assure que l’on a imprimé quelque part, que la Comédie étoit tellement épuisée, qu’il ne lui restoit plus de ressources que dans le fiel de la satire. Ne croyez pas, je vous prie, Monsieur, pour l'honneur de mes concitoyens, qu'ils adoptent ce principe. On le déteste, on le regarde comme une preuve evidente du manque de talens dans ceux qui l'avancent et qui le suivent. On est persuadé que le genre de la satire est de tous le plus méprisable, comme il est le plus aisé, et il est pour nous, comme pour toutes les nations honnêtes et cultivées, la marque d’un très petit esprit, et d’un très mauvais coeur. En tout cas s’il étoit possible que ce second sistéme eut pris autant de crédit que le premier, dont l’erreur est sans doute plus excusable parce qu’elle ne vient pas du coeur, vous les détruiriés bienôót l’un et l'autre par votre fécondité et par la variété, la vérité et le naturel de vos caracteres et de vos sujets. Quoique [p. 341 modifica] le genre auquel vous êtes appellé ne soit pas précisément le genre ordinaire de la nation, la réformation de l'un conduira insensiblement à la réformation de l'autre, et en voyant de bonnes Comédies Italiennes, on apprendra à faire de bonnes Comédies Françoises.

Je vous ai à peu près fait entrevoir les écueils que vous avez à craindre. Je n’ai pas cru devoir vous parler de ce qu'on appelle ici les cabales, parce qu’elles ne peuvent plus rien contre votre célébrité. Je vous avouerai d’ailleurs que c'est la pluspart du temps une chimere enfantée par l’amour propre des Auteurs justement tombés pour tacher de couvrir l'humiliation de leur chute. Je l'ai vu servir d’excuse, dans je ne scais combien de préfaces de pièces où j’avois été témoin de la disposition la plus favorable pour les Auteurs, et où je n'avois remarqué d’autres cabales que celles qu’ils avoient eux mêmes postées pour les proteger. Ces cabales d’amis sont sans contredit beaucoup plus frequentes et plus nombreuses que les autres. Elles agissent souvent si lourdement qu’elles revoltent les esprits les plus tranquilles, et produisent un effet tout contraire à leur destination: mais on a beau faire: tous ces petits stratagêmes pour réussir malgré Minerve, toutes ces mesures prises quelquefois de si loin, ces injustes et grossiers applaudissements, cette cérémonie usée de demander l'Auteur qui devroit être reservée pour le talent et la sublimité, tout cela n'en impose a personne et ne rend pas la pièce meilleure. Le flambeau de la vérité dissipe bientôt ces fausses lueurs, et l'Auteur et l'ouvrage sont condamnés au néant par la voix publique qui s’eleve d’autant plus haut qu’elle a été d’abord étouffée par les cris de l'erreur. N’est il pas juste, Monsieur, que dans l'Empire des lettres qui est une république, la liberté qui doit toujours y regner, recouvre enfin ses droits et en banisse les tyrans et les usurpateurs?

Je ne scaurois nier que la maligniti et la basse jalousie se soient armés contre les meilleures pièces; mais le temps remet aussi à cet égard les choses dans l'ordre, et j’ai presque toujours vû l'envie terrassée tôt ou tard, et le vrai merite reconnû d’une [p. 342 modifica] [p. 343 modifica]

Je vous proteste avec toute la sincérité de ce Philosophe, que je suis avec la plus parfaite estime, et plus vive amitié, Monsieur,

Votre tres-humble, et très-obéissant

serviteur MESLÉ.



A Paris ce 10 Novembre 1762. [p. 344 modifica]

TRADUZIONE DELLA LETTERA

DEL SIGNOR MESLE

IN RISPOSTA A QUELLA DEL SIGNOR

GOLDONI.19

Parigi 1 Novembre 1762.


VI trasmetto. Signore, la traduzione del vostro Estratto, la quale però, malgrado de’ particolari che vi siete preso il pensiero d’inserirvi, non rappresenterà che una Idea imperfetta della vostra Commedia. Vi confesso, che se non dopo averla interamente letta sul manoscritto da voi affidatomi, ne ho potuta ravvisar la bellezza. Me ne avea è vero l’Estratto indicato il Soggetto e la condotta, ma non me ne avea dimostrata la finezza, la vivacità e tutto il gustoso del Dialogo, non lo scherzo, la forza e l’interesse delle Passioni, l'unione e il giusto proposito delle Scene, che la Commedia intera mi ha fatto conoscere. Del resto ho conservato, per quanto il gusto della nostra lingua ha potuto concederlo, il vostro ordine e le espressioni vostre, negli squarci soprattutto di Poesia. Ma riguardo a questa ho creduto che non farebbe la Prosa a sufficienza comprendere ai Francesi, che non intendono l’Italiano, l’armonia e bellezza de’ vostri Versi; e come ho temuto nel tempo medesimo che la schiavitù della rima non mi slontanasse dal vostro Originale, sfigurandone i vostri sentimenti, ho abbracciato il partito di mettere in Versi sciolti il Sonetto, la Cantata e il Madrigale, seguendovi verso per verso, ed impiegando, per quanto è stato possibile, gl’epiteti stessi e la misura medesima da voi usata. Desidero di tutto cuore, che questa Traduzione vi rechi altrettanto piacere, quanto ne ho provato io nel farla: e mi stimerò sempre ben fortunato, quando la mediocre conoscenza che ho di vostra lingua, mi porgerà l’occasione d’esservi utile; la quale, vi prego instantemente, di farla nascere sovente: poiché è ben dovere, che tutto quello che so d’Italiano, lo impieghi per voi, mentre a voi solo ne [p. 345 modifica] son debitore, e soltanto leggendo voi ho conosciute ed amate le bellezze di questa lingua, e fattovi qualche progresso. Non intendo già farvi qui un inutile complimento; ho per mallevadore di mia sincerità M. di Voltaire, quegli che in Francia può giudicare meglio di tutte le cose. Scrive egli, in non so che parte, che facea imparar l’Italiano sulle vostre Commedie alla pro-nipote del gran Cornelio, la qual tiene appresso di sè, come vi è noto. Del resto. Signore, la particolare stima che questo grand’uomo fa di voi e delle Opere vostre, le pubbliche testimonianze che ne ha dato m prosa e verso; i caratteri principali, e il fondamento, per Così dire, delle vostre Commedie che gl’Autori nostri non sdegnano transportar ben sovente con successo sopra il Teatro Francese, l’accoglienza da noi ultimamente fatta a due delle vostre Commedie recitale successivamente sul Teatro Italiano, la prima i vostri Pettegolezzi, ridotta in Francese col titolo: Le Ciarle, e la seconda il vostro Figlio d’Arlecchino perduto e ritrovato, recitata in Italiano, le traduzioni di più altre, e l’ardore generale col quale son qui ricercate le vostre Commedie, tutto finalmente deve scacciar da voi quel timore che la modestia vostra nella vostra Lettera mi dimostra, e convincervi ben più di quello possa io dirvi, che voi non siete in verun conto straniero in Francia. Il vostro talento vi ci ha da lungo tempo naturalizzato, e niuna cosa potrà più farvi perdere una riputazione sì ben stabilita e sì giustamente fondata sopra un numero tanto prodigioso di eccellenti Commedie.

Ma supponendo ancora, che la Commedia che siete per dare in Parigi, non riesca come avrebbe fatto in Italia, non bisognerebbe per ciò nè disperarsene per l’avvenire, nè farsene maraviglia. Il Teatro pel qual voi scrivete, e quelli che lo frequentano, assuefatti non sono, per quello almen che riguarda la maniera Italiana, alla finezza, regolarità e condotta che voi tenete, a quali pregi avete saputo ricondurre i Teatri del Paese vostro (di cui il Teatro Italiano di Parigi è l’immagine in tal genere). Avete bandito da voi, come l’accenna ancora M. di Voltaire, le burlette insipide, e quelle villane sciocchezze che gli disonoravano, ma si ritengono ancora fra noi. Per l’infelice abito che noi abbiamo di ridere, forse le nostre orecchie e i nostri occhi non s accomoderanno a questo Teatro immediatamente a un comico semplice, naturale, ragionevole, ma nobile e interessante, e spogliato di tutto quel risplendente apparecchio, che accompagna ben sovente alcune delle nostre Commedie Italiane.

Schiavi di queste insipidezze, noi lo siamo ancora delle maschere dalle quali vi ha liberato il vostro spirito. Le avete fatte dimenticare in Italia, ma senza esse sarebbono abbandonate in Francia le Commedie Italiane. E ben facile però di concepire, quanto quest’antico e ridicolo costume abbia recato di nocumento all’arte dell’Attore, e a piacere dello Spettatore20. Se l’Anima è la sede delle Passioni, la faccia ne è il quadro, e le sue espressioni sono sempre più vere, più eloquenti e più pronte, che quelle della voce e del gesto. Quanto più essere può tenuta alla scoperta, tanto più l’Attore che abbia spinto ha mezzi a render verisimiii le sue situazioni, e d’ingombrarne lo Spettatore. Interroghiamo su questo i nostri gran Tragici, i Lekain, i Brizard. S’intenderà ben da essi come fremano, quando la legge del costume gli constringe a portare [p. 346 modifica] elmi, e turbanti, che loro nascondono la fronte, perchè allora l’Arte loro non può interamente svilupparsi, essendo loro necessaria la parte enche più minima della faccia a ben esprimere ciocché sentono. Non vi ha Commedia alcuna, per ridicola che sia, che non si trovi suscettibile delle Passioni stesse della Tragedia, se ne eccettuiamo qualche piccol divario: ma senza far parola della gioia, del timore, del dolore e del piacere, della collera, e di tutti gli altri sentimenti, che appartengono ugualmente all’anima che al volto, io qui non parlo che degli effetti, che unicamente dipendono dalla faccia, come l’arrossire, l’impallidire, ecc. si può questo ravvisare sotto la Maschera? Non si ride sempre forse con una sghignazzata ironica e disprezzante, quando si sente che Arlecchino deve arrossire, o impallidire? L’impossibilità evidente di conoscerlo toglie immediatamente l’interesse, e tolto via l’interesse, qual piacere resta alle persone ragionevoli? So benissimo che bisogna si faccia lo Spettatore più d’una volta una falsa imagine di molte cose, ma bisogna almeno che a fianco dell’errore vi sia un poco di verità, e che l’illusione non divenga acciecamento. Ora a qual grado non si divien cieco per considerare Arlecchino con la sua orrenda maschera quasi una giovine e vaga Principessa, come bisogna supporlo in alcune Commedie Italiane?

Una delle contradizioni più grandi dello spirito umano, è senza dubbio la disposizion differente, nella qual ci troviamo alle due Commedie di Parigi. Ci presentiamo alle italiane con un altro gusto, altri occhi, e quasi con un altra anima che alle Francesi. Si direbbe esservi un talismano alle porte de’ due Teatri, il quale nel momento che vi posiamo il piede ci trasforma e ci cambia, senza che possiamo avvedercene. Si applaudisce nell'uno ciò che si accoglierebbe con le fischiate nell’altro. E tutta la naturalezza, tutta l’Arte, tutto lo scherzo e piacevolezze del Preville e del Dangeville, non ci renderebbono in minima parte tollerabile, ciò che i Carlini e le Camille ci fanno provarè di gustoso. Nè bisogna, come credo, cercar le ragioni di questa contradizione, se non che nella assuefazione, e vi è ben noto, che riguardo a ciò lo spirito e più difficile a risanare che il corpo. E qualche tempo che ho riconosciuto in Arlecchino, in Pantalone, e in tutti quelli che formano a Parigi la Scena Italiana non solamente ciò che chiamasi buon Arlecchino e buon Pantalone, ma eccellenti Comici, e Attori pieni di spirito e di talento. Non mi sdegno pertanto con i Comici Italiani sulla decadenza della Italiana Commedia; gli credo per lo contrario moltissimo al caso di secondare le viste di una abile Riformatore che intraprendesse di trarci fuori dall’oscurità e da’ trattenimenti puerili: ma mi sdegno col nostro gusto che sono obbligati di compiacere, e col costume che sono tenuti di seguire.

Avrete voi adunque a combattere i progressi dell'assuefazione e del pregiudizio per farci conoscere il prezzo delle vostre Commedie Italiane, che non s’accostano che nell’Idioma a quelle che qui si recitano d’ordinano; e ben vero che dovrete appagare e gli spettatori, e gli Attori, che assuefatti a non aver parti scritte nelle Commedie Italiane, e in conseguenza a non imparare a mente, saranno essi ancora obbligati ad una fatica insolita, e non avranno sul principio nel presentarsi quella facilità e quella naturalezza, che fanno dimenticare l'Autore e l’Attore, per non lasciar vedere che il Comico Personaggio. Credo però che vi sia un sol mezzo per voi a superare tutti questi ostacoli, [p. 347 modifica] ed è, che non abbiate che il vostro discernimento per guida, non assoggettandolo a delle idee straniere, e inalzandoci a voi, anzi che dobbiate voi discendere fino a noi; in una parola comporre in Francia, come avete fatto in Italia, e imitando la natura, che in ogni dove è la medesima. Secondo me non v’è via di mezzo. Perchè se vorrete unire il vostro metodo al nostro, formerete de’ mostri, che non piaceranno nè a voi, nè a noi. Nè già dico questo riguardo al vostro Amor Paterno, ove avete saputo con un fortunato sforzo dell’Arte conservare l'usata vostra maniera, prendendo un tuono francese e familiarizzandovi con il carattere de’ nostri Attori, e avete adottata la nostra maniera nobile e delicata, non già la nostra Italiana, e fattolo con una naturale facilità. La soggezione, lo sapete meglio d’ogn’altro, non è per l’opere di spirito, e perchè avrete a temere di dare al vostro tutta la sua forza? Avete sovente veduto, da che siete a Parigi, l’accoglienza fatta al figlio d’Arlecchino, e al patetico di questa Commedia, che esce dalla maniera ordinaria dell’altre Italiane nostre. Seguirà lo stesso in tutti i sentimenti che vorrete dipingere, quando lo farete con quell arte che è propria solo di voi. Molto male giudichereste di noi. immaginando di non poterci far gustare presto o tardi delle Commedie, come sono le vostre, estratte dal sen medesimo della Natura, della quale siete giustamente appellato il figliuolo. Commedie che interessano per l’intreccio, muovono co' sentimenti, piacciono nel dialogo, e divertono a motivo delle spiritose piacevolezze, che nascono dalle cose, non dalle parole, sorprendono per le situazioni, instruiscono con la morale, soddisfanno nello scioglimento, e che in una parola più s’accostano alle nostre buone Commedie Francesi, che alle nostre Farse Italiane.

M’appello di ciò non solo a quelli che hanno veduto rappresentare le Commedie vostre, ma eziandio a quelli che non hanno fatto che leggerle, o nella lingua originale, o nelle traduzioni che di alcune di esse sono state fatte, tra le cento dodici Commedie da voi composte, senza contare le vostre Opere Comiche, che pur non son poche, sono persuaso che ve ne abbia molte, le quali nelle mani, non dico d’un Autore, ma solamente d’un uomo intelligente qualche poco del Teatro, e a quello affezionato, potrebbono con i cangiamenti, che necessariamente esigono i nostri costumi, e le leggi del nostro Teatro, meritar l’onore della Scena Francese.

Perciò inviterei, se mi si presentasse l’occasione, gli Autori tutti e le persone di gusto, le quali non hanno cognizione delle vostre Opere, a convincersi con la nuova e bella edizione che voi ne fate attualmente, di ciò che dico, e a porlo in esecuzione, felice di potere almeno con ciò contribuire in qualche cosa all'onore del primo Teatro dell’Universo.

E sarebbe rendergli un gran servizio, come alla Nazion tutta, d’accrescere un poco il ricco e superbo fondo che ne ha, il quale benchè eccellente, ogni giorno più si consuma, e dimanderebbe altre novità Comiche che quelle continuamente si veggono. Le traccie di Moliere son ormai perdute, e la vera Commedia è andata in dimenticanza; abbondiamo di vizj, e di cose degne di riso, ma non abbiamo buoni Pittori per ricopiarle, o almeno sono rari, e i loro pennelli lentissimi. Son necessari molti anni per vedere uscir alla luce una Commedia degna di tal nome, e della posterità; e si crede al presente averne fatta una buona, quando si sono abbozzati alcuni ritratti, e cuciti insieme alla [p. 348 modifica] rinfusa con degli insipidi madrigali, con delle massime triviali, dove si ravvisa, è vero, sempre lo sforzo, la fatica, e talora lo spinto, ma non mai il discernimento. Eppure questo solo è quello che fa la buona Commedia o la buona Tragedia, più che lo spirito, ed io paragonerei ciò al Generale e al Soldato, il primo è fatto per concepire, combinare, prevedere & ordinare; il secondo poi per operare ed eseguire. Il buon Generale concepisce bene, il buon Soldato eseguisce meglio. Ecco il discernimento, e lo spirito.

Sentirete forse spacciar per tutto, e leggerete ancora in alcuni moderni abbozzi un sistema che vi sorprenderà. Pretendesi che Moliere e i suoi successori abbiano tutto messo in opra, e che i difetti e le debolezze degli uomini siano le medesime, ma bensì i gusti sieno cambiati, e che finalmente non si sappia più ridere. Non lo crederete, e avrete ragione. E ciò che avete fatto vi convincerà di ciò che dovrete fare. Non è la natura un fonte inessiccabile per noi, come per voi? Quello che ci muove Così difficilmente il riso, si è perchè tentano farci ridere con si poca grazia, che in effetto noi non ridiamo più, o almeno non conosciamo più quella specie di riso, che viene dal frizzo nobile e spiritoso, ed è proprio degl'uomini di giudizio. E quello che fa credere il nostro gusto cambiato, è la variazione non già de' difetti, perchè il cuore umano è sempre il medesimo, ma delle nostre debolezze che hanno differente colore da quello aveano il secolo passato, e che per più d’un riguardo non sono assolutamente le stesse. Ecco perchè molte buone Commedie antiche non hanno più per noi il medesimo sapore, e non vi ridiamo più di cuore: anzi si potrebbe dare il caso che non fossero accolte neppure al presente, benchè si mettessero in scena per la prima volta. L’antica loro riputazione le sostiene, l’assuefazione d’andarvi ci guida, e una ridicola vergogna ci vieta di darne giudizio.

S’eviterebbe come un bestemmiatore quello che ardisse parlar con freddezza d'una Commedia celebre, il cui brillante successo mantenuto dalla tradizione è divenuto una legge irrevocabile. Non credo per questo che molti ne siano internamente persuasi. In un secolo dove lo spirito filosofico abbraccia tutto, e nel quale si ama tanto a cercare il fisico delle cose, si deve conoscere che quella Commedia celebre, che una volta con ragione divertiva, deve di necessità essere al presente insipida, perchè ci presenta degli obbietti che noi più non ravvisiamo, e che fuori della Scena non si veggono in niuna parte. Vi ha, se posso servirmi di tale espressione, una specie di moda nelle cose ridicole, che vana secondo i tempi, e che un buon Pittore deve sempre seguire per fare un quadro perfetto. Richiederebbe questa materia d’essere meglio sviluppata, e mi arrschierei a farlo, se questa Lettera non fosse già abbastanza lunga per impinguarla di più con que’ particolari indispensabili, che esigerebbono le prove e gli esempj che bisognerebbe produrvi.

M’esibisco bensì, ammaestrandomi con voi ne’ nostri privati trattenimenti, di farvi parte delle mie riflessioni su questo punto. Ma credo dovervi qui prevenire sopra un secondo sistema più babaro che il primo, e che il caso potrebbe mettervi sotto agli occhi. Vengo assicurato, essere stato impresso, non so dove, che la Commedia era stata talmente disseccata, che non avea più donde cavare fuorchè dal fiele e dalla satira. Non crediate, vi supplico, per la riputazione de’ miei Concittadini, che adottino questo principio. Vien detestato, e riguardato come una prova evidente di [p. 349 modifica]mancanza di talento in quelli che l’affermano, e che lo seguono. Si sa che il genere satirico e di tutti il più disprezzabile, come è il più facile ed è per noi, come per tutte le Nazioni oneste e colte, un contrassegno d’uno spirito ristretto, e di un perversissimo21 cuore. In ogni caso, se si desse che questo secondo sistema avesse preso tanto credito quanto il primo, di cui l’errore e senza dubbio più scusabile, perchè non viene dal cuore; Voi distruggereste ben presto l’uno e l’altro con la vostra fecondità, con la varietà, verità e naturalezza de’ vostri caratteri e de' vostri soggetti: benchè il genere al quale voi inclinate, non sia il genere ordinario della Nazione, la riforma del primo condurrà insensibilmente alla riforma del secondo, e vedendo buone Commedie Italiane, s’imparerà a fare buone Commedie Francesi. Vi ho fatto in buona parte conoscere li scogli che dovete temere, e ho creduto non dovervi parlar di ciò che vien qui detto Cabala, perchè essa non può più niente su la vostra riputazione. Vi accerterò con tutto questo, che sovente non è che una chimera prodotta dall’amor proprio degl’Autori giustamente decaduti per cercar di ricoprire la vergogna del loro discredito. L’ho veduta servir di scusa in non so quante prefazioni di Commedie, alle quali ero stato testimonio della disposizione la più favorevole per gli Autori, e dove non avevo notata altra Cabala che quella da loro medesimi postata per proteggerle. Le cabale degli Amici sono senza contradizione molto più frequenti, e numerose che le altre. Agiscono pero sovente sì goffamente che ributtano gli spiriti più tranquilli, producendo un effetto del tutto contrario all’intenzione; ma si ha un bel mettere avanti tutti questi piccioli stratagemmi per riuscir a dispetto di Minerva, tutte queste misure prese da sì lontano, questi ingiusti e rozzi applausi, quel solito complimento di richieder l’Autore, che dovrebbe esser riserbato per il talento e la sublimità, tutto ciò non impone a persona, nè rende a Commedia migliore. La face della verità rischiara ben presto questi falsi lumi e l'Autore e l'opera son condannati all’oblio dalla pubblica voce che s'inalza tanto più alta, quanto sul principio era stata affogata dalle grida dell'errore. Non è forse giusto che nel Regno delle Lettere, che è una Repubblica, la libertà che deve sempre regnarvi ricuperi finalmente i suoi diritti, e ne bandisca i tiranni e gli usurpatori? Non saprei negare che la malignità e la vile gelosia non siansi armate contro le migliori Commedie; ma il tempo rimette poi le cose in ordine e ho veduto sempre presto o tardi l’invidia abbattuta, e il vero merito o in una in altra maniera riconosciuto. Vi citerò a quest’effetto M. di Belloy, che voi ben conoscete ed ammirate. La riputazione prodottagli dal suo Tito stampato l'ha ben ricompensato de’ colpi ingiustamente portatigli nella rappresentazione del medesimo ed e stato molto meglio vendicato dopo da costanti e giusti applausi, che ha ncevuti e che avrà sempre la sua Zelmira, della quale vi siete proposto arricchire la vostra patria. Non devo terminar la mia Lettera senza farvi osservare che sono del tutto del sentimento vostro su le Commedie a Soggetto, e Scene all’improviso: non [p. 350 modifica]ho già inteso in ciò che vi ho detto che bisognasse privarne il Teatro Italiano, ne che le vostre Commedie dovessero escluderne quelle che abbiamo. Vi sono nel Teatro Francese delle Commedie di generi differenti, e non vi ha alcuno inconveniente che ve ne sia nel Teatro Italiano. Questa varietà per lo contrario può esser vantaggiosa a’ nostri piaceri. Ho detto solamente, e lo ripeto, che è ben desiderabile che il vostro genere divenga il dominante, e che voi siate abbastanza forte per non indebolirlo nelle vostre composizioni con la mischianza dell’altro.

Avete scorto, in ciò che vi ho detto della Commedia Italiana, che non ho favellato che del genere Italiano in particolare, e non del Teatro Italiano in generale: se avessi avuto per obbietto gli altri generi che questo Teatro unisce, sia in Commedie Francesi, sia in opere di Musica, non avrei mancato di accennarvi il caso che faccio e delle opere e degli Autori. Ma come che i giusti elogi, che loro son dovuti, non sono adattati al soggetto della mia Lettera, cercherò con premura un’altra occasione di lor pagare questo tributo, il quale avrei piacer grandissimo di soddisfare al presente.

Riguardo a voi. Signore, vi ho parlato forse con troppa libertà, ma come dice il vostro Filosofo Inglese nella Commedia vostra di tal titolo
Solo agli Amici in faccia
Dir con rispetto il vero, ancor quando dispiaccia.

Vi protesto intanto con tutta la schiettezza di questo Filosofo, che sono con perfettissima stima e vera Amicizia,

Signore

Vostro Umiliss. e Obbea. Servit.

MESLÉ

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ACTEURS.

PANTALON de Bisognosi. M. COLLALTO
CLARICE, fille de Pantalon. M.de Savi
ANGELIQUE, autre fille de Pantalon. M.lle PlCCINELLI
CELIO, amant de Clarice. M. Zanuzzy
SILVIO, amant d’Angelique. M. Baletti
FLORINDE, homme vain et présomptueux. M. Rubini
PETRONIO, homme ignorant. M. Savi
CAMILLE, amante d’Arlequin. M.lle Veronese
SCAPIN, valet de "Pantalon. M. Chiavarelli
ARLEQUIN, amant de Camille. M. Carlin Bertinazzi.


La Scene est à Paris, dans une salle de compagnie de la
maison de Camille.

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EXTRAIT

DE

L’AMOUR PATERNEL,

COMEDIE ITALIENNE.


ACTE PREMIER.


SCENE PREMIÈRE.

Arlequin, en habit de campagne, Scapin.

Ces deux Acteurs entrent sur la scene par un coté different, et se rencontrent. Scapin fait compliment à Arlequin sur son retour de la campagne; Arlequin, amant de Camille et jaloux de Scapin, témoigne la surprise où il est de le voir revenu à Paris, et le déplaisir que lui fait sa présence. Scapin explique à Arlequin les causes de son retour à Paris; il le fait ressouvenir que le seigneur Steffanello, Negociant de cette ville, l’avoit envojé à Venise auprès de son frere Pantalon, pour l’amener chez lui avec ses deux fllles, Clarice et Angélique. Il lui apprend que Pantalon étoit sans fortune qu'il ne subsistoit, pour ainsi dire, que par les secours de son frere, et qu il emploioit tout ce qu’il avoit, à l'éducation de ses deux fllles qui en avoient si heureusement profité, qu’elles étoient devenues célebres, la premiere dans les Belles-Lettres, la seconde dans la Musique. Arlequin observe que Steffanello étant mort, Pantalon n'étoit plus dans le cas de venir à Paris. Scapin répond que Pantalon étant déja a Lyon quand il avoit appris la mort de son frere, il s'étoit determiné à continuer son voyage par l’espérance d'heriter des biens de Steffanello; mais qu’arrivé à Paris, il avoit découvert qu’il n’avoit aucun droit à la succession. Au moyen de [p. 354 modifica]


quoi il se trouvoit dans la plus grande détresse. Arlequin dit à cela que Pantalon devroit s’en retoumer à Venise. Scapin lui réplique qu’il s’en seroit déja retoumé, si Camille ne l'eût retenu auprès d’elle par ses bonnes fagons. En cet endroit, Arlequin fait connoître qu'il ne sçavoit rien de tout cela, ayant été près de six semaines hors de Paris, pour faire les provisions de vin, de bois, etc. Il est étonné que Camille garde chez elle tant de monde, et il se plaint qu’elle l’ait fait sans l’en avoir averti, et sans lui en avoir demandé permission. Scapin demande à Arlequin par quelle raison Camille est obligée de dépendre de lui. Arlequin le lui explique, en déclarant que devant épouser Camille, et tous les biens quelle possede devant par conséquent être à lui, il ne prétend pas qu’elle en dépense une si grande partie pour l’entretien de quatre personnes. Il annonce formellement qu’il veut qu’elle renvoye Pantalon. Cette résolution fournit à Scapin l’occasion de faire des reproches à Arlequin, et de lui rappeller qu’ils ont été tous deux, ainsi que Camille, domestiques du seigneur Steffanello. Arlequin se vante d’avoir servi sur un meilleur ton que Scapin, et de n’avoir été chez Steffanello qu’en qualité d’intendant et d’œconome. Scapin l'accuse d’avoir friponné. Ils se prennent de paroles, et font du bruit. Alors Camille arrive.

SCENE II.

Camille et les Acteurs précédens.

     Camille se réjouit d’abord du retour d’Arlequin. Elle s’informe ensuite du sujet de la dispute. Arlequin montre du réfroidissement pour elle, et beaucoup de mécontentement à l’egard de Scapin. Camille renvoye Scapin qui s’éloigne pour plaire à cette fille, dont il est amoureux.

SCENE III.

Camille, Arlequin.

     Arlequin gronde Camille de tout ce qu’elle a fait pour Pantalon; elle lui dit qu’elle y a été excitée par un sentiment de [p. 355 modifica]compassion. Elle représente à Arlequin que tout le bien qu’ils ont, ils le tiennent du Seigneur Steffanello, et qu’elle se croit obligée de secourir sa famille, par reconnoissance, par honneur, et par équité. Arlequin s’appaise, et veut bien ne plus faire de difficulté pour le passé; mais il ne se rend pas de même pour l’avenir; il veut que Pantalon, ses filles et Scapin soient renvoyés sous 24 heures. Camille trouve le terme trop court. Arlequin persiste et reste ferme dans sa résolution. Il menace Camille de la quitter et de l’abandonner si elle n’exécute pas ses volontés. Après quoi il sort.

SCENE IV.

Camille seule, et ensuite Pantalon.

Camille faite connoître qu’elle aime éperdument Arlequin, et qu’elle ne veut pas s’exposer à lui déplaire et à le détacher d’elle. Elle dit qu’elle a fait tout ce qu’elle a pû pour Pantalon; que c'est un homme raisonnable, qu’il aura égard aux circonstances où elle se trouve; elle se dispose en conséquence à lui annoncer son départ, quand elle le voit paroître. Pantalon lui dit en arrivant, qu’il a appris de Scapin la mauvaise volonté d’Arlequin, qu’il sent parfaitement la position où elle est. Il la remercie du bien qu’elle lui a fait jusqu’alors, et il lui annonce la resolution où il est de s’en aller. Camille est charmée de lui voir prendre son parti, et d’être délivrée de la peine quelle auroit eue à le lui annoncer; mais elle lui demande où il a dessein d’aller. Il répond qu’il n’en sait rien lui-même. Camille lui fait différentes questions, elle comprend par ses réponses, qu’il a ecrit à Venise pour faire vendre le peu de bien qui lui reste, qu’il n’en pourra pas recevoir le prix de quelques mois: que pendant ce temps là, il vendra tout ce qu’il peut avoir apporté à Paris tant pour lui que pour ses filles, principalement les livres de Clarice, et la musique d’Angélique; que ce sacrifìce sera bien dur pour ses pauvres filles et pour lui; mais cependant que l’honneur et la décence le forcent de partir, et qu’il partirà bientôt avec ses chers enfans [p. 356 modifica]sans sçavoir où aller. Ce discours touchant et pathétique attendrit la sensible et généreuse Camille. Elle ne veut pas absolument que Pantalon s’en aille. Elle se charge de faire entrer Arlequin dans ses vues, et de le persuader. Elle force Pantalon de rester, elle se dispose à aller trouver ses filles pour les rassurer, et les consoler; enfin elle exprime à Pantalon la compassion qu’il lui inspire, elle l’engagé à ne se point affliger, et elle sort.

SCENE V.

Pantalon seul, et ensuite Clarice.

Pantalon ne peut s’empêcher de verser des larmes de tendresse et de joie. Il annonce son incertitude sur ce qu’il fera; s’il partira, ou s’il restera. Clarice arrive consolée par ce que lui a dit Camille, et par les protestations quelle lui a faites. Elle cherche à consoler son pere qui exprime l’affliction et la douleur que lui causent la situation. Clarice pour rendre à son ame sa tranquillité, lui donne des conseils qui respirent la morale et la philosophie. Ce tendre pere est enchanté des talens de sa fllle. Il fait son éloge, elle s’en défende avec modestie. Pantalon demande à sa fille si elle auroit de l’inclination pour le mariage, dans le cas où elle trouveroit un bon parti. Clarice répond que les bon partis ne se refusent pas. Pantalon lui parie de quatre Italiens qui viennent quelquefois leur tenir compagnie, et faire la conversation avec eux; il demande les sendmens de sa fìlle à leur égard. Elle lui dit ce qu’elle en pense, et fait par ce moyen connoìtre leur caractere aux spectateurs. Elle trouve que Celio est en general un aimable homme, mais qu’il est trop libre, et d’une franchise trop indiscrete et trop hardie; que Silvio a r esprit plus mur et mieux regie, mais qu’il est trop serieux; que Florinde n’est pas sans mérite, mais qu’il est trop présomptueux; enfin que Petrone est un ignorant, qui honteux de ne rien sçavoir, n’ose blamer ni louer qu'après les autres. Pantalon continue de donner des louanges à sa fìlle. Il lui demande si elle ne lui fera pas voir quelqu’un de ses ouvrages. Elle lui répond qu elle a un Sonnet qui n’est pas encore achevé. Pantalon demande a voir ce quii y en a de fait. Clarice pour lui obéir et le contenter, tire un papier de sa poche. [p. 357 modifica]

SCENE VI.

Arlequin et les Acteurs précédens.

Arlequin fait des complimens ironiques à Pantalon; il lui demande quand il partira. Pantalon se tourmente et se chagrine. Arlequin apprend que Clarice est la fille de Pantalon, et que c’est elle qui est la sçavante. Il la complimente sur le même ton qu’il a pris avec son pere; il lui demande si elle entend et si elle parie françois. Clarice se plaint de sçavoir peu cette lingue. Arlequin lui dit que si elle ne sçait pas se faire entendre, il lui conseille de partir. Pantalon lui observe qu’il y a beaucoup de gens à Paris qui entendent l’Italien. Arlequin repond que cela ne sert de rien, que cela ne fera rien, parce que le goût de la nation est different. Clarice en convient. Elle loue le goût de la nation et dit qu’à son égard elle ne demande que de l'indulgence. Arlequin lui répond, qu’on n’en aura point pour elle. Clarice lui demande pourquoi? Parce que, dit-il, les François vous diront, nous sommes ici en France, et si vous ne connoissez pas le goût François, il falloit rester en Italie. Vous-avez beau dire, répond Clarice, vous ne m’oterez pas l'ésperance. Je ne suis pas venue ici de mon chef; c’est mon pere qui m’ y a conduite, et j’y suis venue avec le plus grand plaisir pour voir et admirer la plus belle Capitale de l'Univers. Depuis le peu de temps que j’y suis, j’ai recu tant de politesses, que je suis on ne peut pas plus satisfatte d’y être venue. La galanterie Françoise est connue et admirée par tout. J’en vois encor plus que l'on ne m’en avoit dit. Et si mes foibles talens ne peuvent m’acquerir quelque estime, on ne peut blamer ma bonne volante. Et je suis persuadée, oui tres-persuadée, que l'on aura au moins de l'indulgence pour moi. Après avoir ainsi parlé, Clarice sort.

SCENE VII.

Pantalon et Arlequin.

Arlequin continue d’impatienter Pantalon sur son départ, en affectant de vouloir lui être utile. Il lui offre d’aller pour lui au bureau des coches retenir les trois meilleures places, et il sort. [p. 358 modifica]

SCENE VIII.

Pantalon Seul d’abord, et ensuite Angelique.

Pantalon fait réflexion qu’Arlequin ne veut pas de lui dans la maison de Camille, qu’il sera par conséquent contraint de s’en aller, et que d’ailleurs en restant plus longtemps, il ne pourroit pas souffrir les impertinences de cet homme grossier. Angélique arrive. A la vue de sa fille, Pantalon est plus tranquille, et oublie tous ses chagrins. Angélique lui apprend d’un air gai et satisfait, qu’elle a achevé de mettre en musique la cantate dont sa soeur Clarice a compose les paroles. Pantalon rempli de joie à cette bonne nouvelle, donne des louanges à sa fille, qui y répond modestement. Pantalon continue ses transportes de joie, et dit à Angélique que sa vertu, son mérite, et la beante de sa voix, ne manqueront pas de plaire à Paris. Elle lui fait observer que le goût de la musique est bien different à Paris qu’en Italie. Pantalon alors lui parle ainsi: Que dis-tu de la musique de ce pays-ci? Dans tous les pays du monde, répond Angélique, il faut pour bien goûter une chose, y avoir les oreilles accoutumées. Le beau et le bon ne se connoissent bien que par comparaison; si l'on compare sans passion, on trouve le bon par tout; si au contraire l'esprit est prévenu, on trouve l'ennui par tout. Pantalon continue de louer sa fille; il fait ensuite connoître son goût particulier pour la musique dont il parle en homme qui n’en a aucune connoissance. On voit en lui le caractere d’un pere rempli de l’amour le plus vif pour sens enfants, et dout les transports de tendresse dégenerent même dans une espèce de folie. Il prie Angélique de le consoler par une Ariette. Elle est sur le point de le satisfaire, quand Arlequin parût.

SCENE IX.

Arlequin, et les Acteurs précédens.

Arlequin dit à Pantalon qu’il vient de retenir pour lui trois places au coche. Pantalon se fâche, et s’en va, ne pouvant plus souffrir la vue d’Arlequin. Ce dernier continue les mêmes discours [p. 359 modifica] à Angélique qui lui dit que leur départ ne doit point le regarder, et que Camille est la maitresse de la maison. Après quoi elle sort.

SCENE X.

Arlequin, Seul.

Il réfléchif au ton imperieux avec lequel Angélique lui a parlé, il le trouve conforme au caractere des musiciennes. Il se moque d'elle. Il dit qu’elle sera obligée de s’en aller; que si elle n’a point d’argent, elle n’a qu’à s’habiller en pellerine. Ces propos le font tomber sur les femmes qui courent le monde sous cet habit, et il se divertit à leurs dépens.

Fin du premier Acte.

[p. 360 modifica]

ACTE II.


SCENE PREMIÈRE.

Camille, Scapin.

Camille prie Scapin de l’aider à arranger la salle de compagnie. Elle lui fait porter une table, une épinette, et des flambeaux avec des bougies. Il lui obéit avec assez de ponctualité, à cause de l’amour qu’il ressent pour elle. Il va et vien avec les choses qu’elle lui ordonne d’apporter. Camille, lorsque Scapin n’est pas auprès d’elle, dit à part, que tout ce quelle fait, c’est pour procurer un établissement aux filles de Panlalon, et qu’elle compte beaucoup sur l’admiration que leur mérite a fait naitre dans ceux qui les ont vues, depuis qu’elles sont à Paris. Scapin de temps en temps parle à Camille, et se plaint à elle de la préférence qu’elle donne a Arlequin. Camille tache adroitement de detourner la conversation. Scapin et elle, tout en causant, arrangent et portent les chaises. Scapin en revient toujours à Arlequin, et Camille fait toujours voir son penchant et son amour pour lui. Scapin irrité, ne peut plus se contenir, il decharge sa bile en remuant les chaises avec violence. Camille le gronde.

SCENE II.

Arlequin, Scapin, Camille.fâché

Arlequin voyant Scapin avec Camille, se fâche, et se plaint en lui même, sans étre apperçu. Il s’avance ensuite, et demande à quoi doivent servir tant de préparatifs. Camille lui dit qu’on doit venir faire la conversation, et s’assembler pour entendre chanter Angélique. Arlequin dit qu'il ne le veut pas. Camille répond qu’elle s’y est engagée. Arlequin lui propose plusieurs moyens sols et extravagans pour se dégager. Scapin parle à Camille à l’oreille. [p. 361 modifica] Arlequin en conçoit de plus grands soupons. Il dit des injures à Camille. Celle-ci se met en colère, et Scapin s’en réjouit. Enfin Arlequin plus courroucé que jamais maltraite Camille, et s’en va.

SCENE III

Camille, Scapin.

Camille reste un peu mortifiée. Scapin prend le ton ironique, et fait semblant de la plaindre de ce qu’elle a perdu un si joli amant. Camille dit qu’il n’est point perdu pour elle, que quand on s’aime bien, on ne peut gueres s’empécher d’avoir quelquefois de petites querelles, et que c’est là la preuve d’amour la plus claire. Scapin lui dit qu’elle est une entétée; elle lui répond que sa conduite prouve sa constance et sa fidélité plutôt que son entétement. Scapin se plaint de ce qu’une femme constante étant si difficile à trouver, ce rare bonheur tombe sur un faquin qui ne le mérite pas. Après quoi il sort.

SCENE IV.

Camille, seule.

Elle examine les causes de sa constance pour Arlequin. Elle les trouve dans l’amour, dans l’honneur et dans la foi de ses engagemens avec lui. Elle trouve que les promesses continuelles qu’elle a faites d’assister la famille de Pantalon, ont également l’honneur pour principe, et elle est fâchée de voir l’eloignement et la haine d’Arlequin pour cette famille; mais elle se flatte de le faire changer. Elle met sa confiance dans le pouvoir que les femmes ont sur les hommes. Elle dit qu’elle ne se pique pas d’être belle, mais qu’elle a quelque chose qui plait; qu’elle ne manque pas d’esprit, que ses yeux la servent bien, et que dans l’occasion elle sait en tirer des larmes, qu’elle regarde comme les armes le plus puissantes de son sexe. [p. 362 modifica]

SCENE V.

Camille, Celio.

Celio demanda la permission d’entrer. Camille lui répond qu’il est le maître. Elle pense qu’il seroit un bon parti pour une des filles de Pantalon. Celio entre, salue Camille, et lui demande comment elle se porte. Il demande ensuite des nouvelles de Clarice. Camille lui dit qu’elle va venir avec Angélique. Celio se déclare amant de Clarice, et ajoute qu’il laisse Angélique à son ami Silvio. Camille lui observe qu elle ne s’est point encor apperçue que Silvio eut de l’amour pour Angélique. Celio repond à cela que Silvio ayant été élevé en Angleterre, il a rapporté de ce pays là un all’sombre et taciturne; mais que lui au contraire étant venu directement d’Italie en cette ville, il y a pris un caractere franc et ouvert; qu’ainsi il aime Clarice, et qu’il lui importe peu que tout le monde le sache. Camille lui parle de mariage; il tourne la chose en plaisanterie. Camille lui proteste qu’elle ne souffrira pas dans sa maison un amour qui n’ait pas le mariage pour objet. Elle est interrompue dans son discours par du monde qui frappe à la porte. Elle sort pour aller voir qui c’est.

SCENE VI

Celio seul d'abord, et ensuite Camille et Silvio.

Celio dit à part qu’il n’auroit aucune difficulté d’épouser Clarice, s’il n’aimoit pais autant sa liberté qu’il l’aime. Camille fait entrer Silvio en lui disant qu’Angélique va venir dans l’instant. Celio salue Silvio, et lui demande comment il se porte. Silvio est ennuyé de cette question que lui fait tout le monde, comme s’il avoit l’air d’être malade. Celio lui dit que c’est un compliment d’usage. Camille dit à ce sujet quelques mots sur l’inutilité des cérémonies. [p. 363 modifica]

SCENE VII.

Clarice, Camille, Celio, Silvio.

Clarice fait en arrivant les politesses ordinaires, Silvio la salue sans dire mot. Celio lui demande comme elle se porte. Silvio fait des contorsions qui annoncent la peine que lui cause cette question. Clarice s’assied sur la chaise qui est au bord du Théâtre. Celio se met à coté d’elle sur la chaise suivante; Silvio se met de l'autre coté sur la chaise qui est auprès de l’épinette, l’ouvre, et y trouve des papiers de musique avec lesquels il s’amuse, toujours sans rien dire, et sans prendre part à la conversation des autres, qu’il laisse parler en liberté. Celio commence par parler d’amour à Clarice qui appelle Camille, pour lui dire que Celio veut rire et plaisenter avec elle. Camille lui répond que c’est tant mieux, et que cela pourra la dissiper un peu de la détresse où elle se trouve. Silvio appelle Camille à son tour, et lui demande si effectivement les deux filles de Pantalon sont dans la détresse. Elle lui dit qu’oui. Silvio s’offre de leur donner tout ce dont elles pourroient avoir besoin; Camille lui répond que dès qu’elles sont dans sa maison, elles n'ont besoin de rien; mais elle lui fait entendre que ces demoiselles meriteroient bien de trouver un bon parti. Elle essaie de découvrir si Silvio a quelques dispositions à épouser Angelique; mais elle ne peut tirer aucun eclaircissement de ses réponses. Pendant ce temps-là Celio et Clarice causent tout bas ensemble. Clarice mécontente des discours de Celio, appelle Camille et lui demande où est son pere. Camille répond qu’elle n’en sait rien, et annonce en même temps l’arrivée d’Angelique. {{Ct|t=1|v=1|f=120%|SCENE VIII.

Angelique, et les Acteurs précédens.

Celio demande à Angelique comment elle se porte. Silvio lui reproche cette question ridicule, dont il prétend que le bon visage d’Angelique auroit du le dispenser. Celio dit de Silvio, que c’est un homme ennuyeux et insupportable, de vouloir ainsi reformer [p. 364 modifica]les usages les plus suivis. Silvio prie Angélique de s’asseoir auprès de l’épinette; Angélique dit à Camille de prier son pere de venir. Camille va avertir le pere, en louant la modestie des fllles.

SCENE IX.

Celio, Clarice, Angélique, Silvio.

Angélique va s’asseoir auprès de l’épinette, les autres se placent comme auparavant. Silvio demande à Angélique, si la musique qui est dans l’épinette est à elle. Elle répond qu’oui. Silvio l’en félicite, et la prie de voir avec lui s’il y entend quelque chose; alors ils s’occupent tous deux avec les papiers de musique. Pendant cela Celio continue de parler d’amour à Clarice; elle n’est pas contente de lui, parce qu’il ne veut pas parler à son pere. Celio paroit aussi mécontent, et dit à part, que les hommes sont malheureux! les femmes sont pour eux trop faciles, ou trop severes; dans les premieres il n y a point de constance, et dans les autres point de complaisance.

SCENE X.

Pantalon, les Acteurs précédens, et ensuite Scapin, qui survient.

Pantalon salue tout le monde, et fait les complimens ordinaires. Celio paroit troublé et confus. Silvio l’appelle pour savoir de lui pourquoi il ne demande pas à Pantalon comment il se porte. Celio témoigne son chagrin et sa mauvaise humeur. Pantalon lui dit de se tranquilliser, qu’il va s’amuser. Il propose à ses filles de régaler la compagnie de quelque bel ouvrage. Celio se dit à lui- même qu’il faut qu’il prenne part à l’amusement general, pour ne point faire connoître sa foiblesse. Scapin arrive, et annonce à Pantalon Florinde et Petrone. Pantalon charmé de cette visite, parce qu’ils entendront ses filles, dit qu’on les fasse entrer. Scapin va les [p. 365 modifica]duire, en remarquant à part l’excessive tendresse de Pantalon pour ses filles. Pantalon continue de les vanter.

SCENE XI.

Florinde, Petrone, et le Acteurs précédents.

Florinde se présente avec des politesses affectées, et Petrone grossierement et lourdemenL Ils font chacun leur compliment. Tout le monde s’assied. Petrone auprès de Celio. Florinde auprès de Petrone. Pantalon entre Florinde et Silvio. Clarice, Angélique et Celio, comme ils étoient auparavant. Pantalon dispose Florinde et Petrone à entendre ses filles. Florinde dit à Pantalon que cela lui fera un plaisir infini; mais il dit tout bas à Petrone qu’il va être à la torture. Petrone repond à Florinde, qu’il va souffrir autant que lui, et dit à part, Je ne comprends rien ni à la musique, ni à la poesie. Pantalon ordonne à Clarice de lire le Sonnet qu’elle a composé le matin, et il previent la compagnie qu’elle l’a fait en dix minutes. Clarice s’excuse sur ce que le Sonnet n’est encore qu’ebauché. Pantalon lui dit de le lire comme il est, et l’engage à dire d’abord le titre. Clarice lit le titre suivant.

Le passage des sciences d’un pays à un autre.

Pantalon ne cesse de s’emerveiller. Clarice recite le premier quatrain du Sonnet. Son pere l’interrompt par un transport de joie et d’admiration, et pour expliquer à la compagnie le sens du quatrain. Florinde dit tout bas à Petrone qu’il trouve mauvais ce commencement. Petrone le trouve de même. D’un autre coté Celio lui en fait des louanges, et il est alors de son avis. Pantalon ordonne a Clarice de relire tout depuis le commencement, et prie les autres de la laisser lire jusqu’à la fin sans l’interrompre. Alors Clarice lit le Sonnet Italien qui suit. [p. 366 modifica]

SONETTO22.

Del Nilo un tempo e dell’Eufrate in riva
Sparse Minerva di scienza i frutti.
Indi del vasto Mar varcando i flutti,
Piantò l’arbor feconda in terra Argiva.

Roma, l’invida Roma, in cui fioriva
La gloria sol de’ popoli distrutti.
Coi talenti di Grecia in lei tradutti.
Dissipò l’ignoranza in cui languiva.

Sotto lungo dappoi barbaro sdegno
Giacque incolta l’Europa, e i bei vestigi
Rinnovò di virtù l’Italo ingegno.

Ora la saggia Dea de’ suoi prodigi
Prodiga, è resa delle Gallie al regno:
Menfi, Roma ed Atene oggi è in Parigi.


Traduction du Sonnet en vers blancs.

Autrefois sur les bords du Nil et de l’Eufrate
Minerve répandit les fruits de la Science;
Mais franchissant bientôt l’immensité des mers
L’arbre fecond des arts fut planté dans la Grece.

Cette Rome jalouse, et dont toute la gloire
Fut de donner des fers à cent Peuples détruits,
Ne put loin de ses murs écarter l’ignorance
Qu’en y faisant entrer les talens de la Grece.

[p. 367 modifica]


L’Europe dans la suite aux Barbares livrée
Des Beaux Arts oubliés avoit perdù les traces,
L’Italien sçavant en ranima l’eclat.

Prodigue de ses dons la sçavante Déesse
Se fixant aujourd’bui dans l’empire des Lys
Réunit dans Paris, Rome, Athene et Memphis.



Pantalon s’épuise en exclamations, en éloges, bat des mains, repete le dernier vers du Sonnet, et demande l’approvation de l’assemblée. Celio applaudit. Florinde loue tout haut Clarice, et tout bas en dit du mal à Petrone qui dit comme lui. Celio de son coté dit à Petrone que le Sonnet est un chef d’oeuvre, et Petrone en dit autant. Celio se sent de plus en plus penétré du mérite de Clarice. Pantalon est dans le plus grand étonnement de ce que Silvio ne dit rien; Silvio l’assure qu’il est l’admirateur de Clarice; mais que sa passion, c’est la musique. Pantalon lui repond, que s’il veut de la musique, il est bien aisé de le contenter; et il engage Angélique à chanter la musique quelle a faite sur la Cantate composée par Clarice, et qui a pour titre:

Le Poëte Italien qui demande à Apollon la grace de ne point échouer à Paris.

Pantalon ne se sent pas de joie. Florinde désapprouve tot bas le titre en parlant à Petrone qui le désapprouve aussi. Celio au contraire l’approuve aussi tout bas, et Petrone en fait de même. Angélique qui fait semblant de s’accompagner sur le clavecin, mais qui n’est véritablement accompagnée que par l’orchestre, chante ce qui suit:

CANTATA.

Sacro Nume di Pindo,
Tu che l’animo accendi
Di canora armonia, tu che rischiari
De’ mortali la mente,
Gran lume omnipossente
Degli uomini conforto, e degli Dei,
Presta orecchio pietoso ai voti miei.

[p. 368 modifica]

          
          Della Senna in su le sponde,
          Tua delizia e tuo decoro.
          Non negarmi il verde alloro.
          Ch’io desio di meritar.

Rammenta, o biondo Dio,
Quanti del sudar mio divoti pegni
Ottenesti finor. Vegliai le notti
Per offrirti gl’incensi. A te in tributo
I più bei dì della mia vita io diedi:
E qual ebbi da te grazie, o mercedi?
Questo dono or ti chiedo;
Sia grazia, o sia mercè, fa che un tuo raggio
          Rischiari il mio talento.
Fa ch’io piaccia a Parigi, e son contento.

          Ah che dal ciel discende
          Raggio d’immortal luce.
          Sento de’ Vati il Duce
          Che mi favella al cor.
     
          Vieni, mi dice, e spera;
          Qui di clemenza è il regno.
          Renditi di onor degno,
          E ti prometto onor.



Traduction de la Cantate en vers blancs.

               Sainte Divinité du Pinde,
               Toi qui du feu de l’Harmonie
     Embrase tous nos coeurs. O Flambeau tout puissant,
               Dont l’eclat porte la lumiere
               Dans l'ame des Mortels;
     Heureux soulagement des hommes et des Dieux:
     Prête à mes voeux ardents une oreille indulgente!

[p. 369 modifica]

Sur les bords de la Seine


Ces bords charmans, tes amours et ta gloire,

Accorda à mes brulans desirs


Le Laurier qu’une fois je voudrois meritar.

Aimable Dieu, rappelle toi23


Combien jusqu’a present, mon zele infatigable
S’est épuisé pour toi. J’ai consumé les nuits

A t’offrir mon encens. Je t’ai sacrifié
Les jours les plus beaux de ma vie.


Quel prix, ou quelle grace ai-je reçus de toi?
Je ne t’implore ici que pour un seul bienfait.
Accorde-la comme grace, ou comme recompensa.
Viens d’un de tes rayons eclairer mes talens.
Fais moi plaire à Paris, tous mes voeux sont comblés.

Mais quel rayon d’immortelle lumiere

Des cieux descend jusques à moi!
Je reconnois le Dieu des vers.
Ja le sens, il parie à mon coeur.
Viens, me dit-il, espere,
La clemence regne en ces lieux.
Sois digne d’être couronné

Et je te promets la couronne.

Pantalon est le premier à applaudir. Silvio et Celio applaudissent de bon coeur. Florinde et Petrone sa conduisent toujours de la mêmne maniere. Florinde qui méprise Clarice, et tout le monde, propose à la compagnie de lui faire connoître un grand morceau de poesie da sa façon, en lisant un madrigal qu’il a composé.

Pantalon témoigne du dégout; mais tous la autres font voir un grand désir d’entendre le madrigal. Florinde en sa pavanant, lit ainsi le titre: [p. 370 modifica]

L’Eloge de la cire d’Espagne.

Pantalon se moque de lui. Florinde trouve le titre et le sujet magnifìques, parce que la cire d’Espagne est un préservatif sur contre la curiosité que l’on a de lire les billets doux. Il demande à Petrone son avis, et Petrone dit qu’il a raison. Florinde lit ensuite ce qui suit, d’un ton pédantesque.

MADRIGALE.

Del pesato sottil talento Ispano
Rubiconda, stupenda maraviglia.
In candida conchiglia
Delle perle d’amor chiude l'arcano.


Traduction du Madrigal24.

Du prudent Espagnol invention subtile,
Chef d’oeuvre ingénieux, et merveille etonnante!
Ta rougeur sçait au fonds d’une blanche coquille
Tenir dans le secret les perles de l’Amour.

Tout le monde applaudit par ironie. Pantalon ne peut pas se contenir. Petrone fait compliment à Florinde, qui se félicite lui-même des faux applaudissemens qu’il regoit.

SCENE XIII.

Arlequin, Camille, et les Acteurs précédens.

Arlequin demande permission d’entrer. Pantalon s’attriste en le voyant. Camille veut l’arrêter, et fait connoître par ses agitations, [p. 371 modifica] qu’il vient dans quelque mauvaise intention. Arlequin dit que puisqu’il se trouve das une assemblée de gens d’esprit, il doit réciter une de ses compositions. Il en dit le sujet, dans lequel il expose les contestations qu’il a avec Camille, sur ce qu’elle ne veut faire qu’a sa tête. Il parle contre la famille de Pantalon et contre l’assemblée. Voici, dit-il, ma chanson, en montrant son contrat de mariage avec Camille, et voici la musique, en déchirant le contrat; après quoi il s’en va. Tout le monde est choqué. Camille se désespere, et accuse tous ceux qui sont là, d’être les causes de son malheurs. Celio propose à Silvio de courir après Arlequin pour l’arrêter. Silvio y consent. Il salue Angélique et sort. Celio prend congé de Clarice, en disant à part, qu’il craint bien de ne pouvoir resister à la force de l’amour qu’il ressent. Florinde et Petrone s’en vont ensemble en ricanant. Clarice et Angélique se retirent, affligées pour elles et pour Camille. Pantalon, d’un air noble et décent, se raccomande à Camille. Celle-ci témoigne de l’inquiétude; mais Pantalon se fie sur son bon coeur, et se retire.

SCENE XIV.

Camille, seule.

Elle dit que si elle a tant de compassion pour les autres, elle doit à plus forte raison en avoir pour elle-même. Elle exagere beaucoup le malheur qu’elle fait résulter de la retraite d’Arlequin. Elle s’abandonne au désespoir, elle déteste tout ce qui en est cause, Pantalon, ses fìlles... Mais, tout à coup, elle fait réfiexion que ce n'est pas la faut de ces pauvres innocents. Elle témoigne avoir encore de la tendresse pour elles. Elle prie le ciel de l’éclairer et de l’aider, et termine ainsi le second Acte.

Fin du second Acte.

[p. 372 modifica]

ACTE III.


SCENE PREMIÈRE.

Celio, Silvio, Florinde, Petrone, et Arlequin.

Arlequin est amené malgré lui dans la maison de Camilla, par les quatre Italiens, suivant qu’ils se l’étoient proposé. Il se plaint à eux de ce qu’ils l’ont conduit par force chez Camille. Celio lui dit qu’ils l'ont persuadé et non violenté. Florinde se mesle de vouloir expliquer à Arlequin ce qui l’a fait revenir. Arlequin est curieux de le savoir. Florinde lui demande s’il a quelque fois vu jouer les Marionnettes. Arlequin repond qu’ouy, mais qu’il ne comprend pas quel rapport il peut y avoir entre les marionnettes et lui. Florinde, en homme qui s’imagine qu’il va dire la plus belle chose du monde, prie ceux qui sont sur la scène de faire attention à la comparaison spirituelle dont il va se servir, et parle ensuite ainsi à Arlequin. On fait agir les Marionnettes par le moyen d’un ressort placé dans leur tête, et par quelques fils qu'on leur attaché aux mains et aux pieds. Ces machines ne marchent que par la voix de celui qui les fait jouer. Venons maintenant à l’application: Arlequin, vous êtes la marionnette; l'Amour est celui qui vous fait jouer, la passion est le ressort qui vous conduit; vous ne vous remuez qu’avec les fils du desir, ensorte que poussé par votre inclination, et attiré par la beauté, vous etes venu jusqu'ici sans scavoir que vous y veniez.

Cette comparaison choque Arlequin. Il annonce qu’il veut s’en aller, mais il dit à part qu’il n’est que trop vray qu’il se sent remuer par un fil, et qu’il y a un ressort qui le retient. On cherche à l'appaiser: il s’obstine. Florinde engage Petrone à le persuader. Petrone l’entreprend, et conseille à Arlequin de ne s’en rapporter à personne, at de faire à sa fantaisie. Arlequin trouve ce consail excellent, et dit en consequance qu’il ne veut plus penser à Camille. [p. 373 modifica] Celio et Silvio impatientés de son obstination, disent qu’il n’y a qu’a le laisser là et aller persuader à Camille de l’oublier. Arlequin montre alors toute sa passion et les arrete en les assurant qu’il va être raisonnable. Petrone de son coté l’excite à suivre son conseil, mais il ennuie Arlequin. Celio qui voit sa foiblesse, juge que c’est un bon moment dont il faut profiter pour faire venir Camille; Florinde va avec lui pour cela et Petrone les suit. Silvio avertit Arlequin de l’arrivée de Camille, et il sort. Arlequin voudroit aussi sortir, mais il trouve dans Camille une espece de magie qui l’enchante, et qui le retient.

SCENE II.

Arlequin, Camille.

Camille, à part, se plaint de la cruauté d’Arlequin, en disant qu’il meriteroit bien qu’elle le renvojat. Arlequin ne veut pas l’aborder, ni lui parler le premier. Camille en dit autant. Arlequin veut sortir; Camille tousse, il se retourne. Ils se saluent l’un et l’autre poliment, mais fierement, et chacun est toujours dans la resolution de ne point faire les premiers pas. Arlequin se détermine enfin a sortir sans la regarder: alors Camille accablée de douleur se laisse tomber sur un fauteuil. Arlequin se ressouvient du fil et du ressort des marionnettes, il s’approche de Camille et lui demande ce qu’elle a. Elle lui répond qu’il voit là les tristes effets de sa passion. Il s’attendrit et veut l’aider à se lever. Camille essaye en effet de se lever, et elle retombe dans le fateuil. Arlequin la prend alors par les deux mains pour la mieux aider. Elle se leve encore une seconde fois, mais elle retombe encore et entraine avec elle Arlequin qui tombe par terre. Des qu’elle le voit en cet état, elle se leve avec légèreté, et sans la moindre peine, et va demander à Arlequin s’il ne s’est point fait de mal. Arlequin de son coté lui demande si elle est guerie. Elle dit qu’oui. Arlequin dit qu’il l’est aussi, et ils se parlent tous deux amoureusement. Camille demande à Arlequin s’il l’epousera; il lui promet qu’oui. Et [p. 374 modifica] quand? dit Camille. Aussi-tôt, dit-il, que Pantalon sera parti. Cette response redonne du chagrin à Camille, les deux amants se font de nouveaux reproches. Enfin Arlequin après bien des raisons finit par dire à Camille qu’il va attendre ses résolutions, et il s’en va.

SCENE III.

Camille, seule.

Elle trouve qu’Arlequin n’a pas absolument tort, et qu’une autre qu’elle, auroit déja renvoyé Pantalon. Mais son bon coeur lui fait voir encore bien des difficultés dans un semblable parti.

SCENE IV.

Pantalon, Clarice, Angélique, Celio, Silvio, Florinde, Petrone, Camille.

Pantalon s’excuse à Camille d’avoir pris la liberté d’ecouter ce qui s’est passe entr’elle et Arlequin, sur l’intéret qu’il a à la matiere qu’ils traitoient, il lui ajoute qu’il est enfin résolù de partir. Camille lui repond qu’elle n’aura jamais le courage de lui dire de le faire, mais qu’elle ne peut lui cacher que tous les momens qu’il reste, sont autant de tormens pour elle. Celio, Silvio et Florinde parlent à Camille en faveur de Pantalon, et l’engagent à ne le pas laisser partir. Florinde en particulier lui fait envisager l’estime, la reputation, l’héroisme, l’honneur, la gioire. Il invite Petrone a le seconder dans ses sollicitations. Petrone veut en effet donner des conseils à Camille. Mais cette fille prénant un ton ferme et pathétique s’exprime ainsi. Dites-moi un peu, Messieurs, Vous qui me parlez en faveur de Pantalon et de sa famille, vous qui avez tant de pitié pour ses filles, n’avez vous que des paroles inutiles, et de vains conseils à leur donner? Si vous avez tant de compassion, que ne cherchez-vous à leur en faire ressentir les effets? est-ce que ces Demoiselles n'ont pas assez de mérite pour vous y engager? Mais tenez, Voici le moyen de les secourir, et de leur rendre justice. Ceux d’entre vous qui ont de l’amour pour elles, n'ont qu’a [p. 375 modifica] les aider à s’établir. Vous le pouvez, Messieurs, et vous le devez. Ce sera là la véritable pitié, le véritable héroisme, la vraie gloire, et non d’implorer les secours d’une pauore fille comme moi, qui ai fait tout ce que j’ai pû, et qui ai été jusqu’à sacrifier les interêts de mon cœur, et ma propre tranquillité.

Pantalon ne se possede pas de joie, il fait l’eloge de Camille, il dit qu’elle parle si bien, qu’il faut que Clarice lui ait donné des leçons. Celio se sent pénetré et ne sçait que résoudre. Clarice et Angélique se plaignent entr’elles de leur destinée. Florinde, attenda par le discours de Camille, s’offre d’épouser Angélique pour satisfaire à ce que la gloire et la compassion exigent de lui. Silvio arrête Florinde en lui disant que si ce n’est que la gloire et la compassion qui l’engagent à epouser Angélique, il y est excité lui par des motifs plus puissants, le mérite d’Angélique et l’estime qu’elle lui inspire. Il invite en même temps Angélique à s’expliquer et à declarer celui qu’elle préfere; mais elle s’en rapporte modestement à son pere. Pantalon dit qu’il ne demanderoit pas mieux que de la contenter, mais qu’il ne veut point faire tort à Clarice qui est l’ainée. Florinde alors s’offre de l’épouser, en disant qu’il lui est égal d’épouser l’une ou l’autre. Celio pour ne pas voir Clarice sacrifiée à une semblable union, déclare son amour pour elle, et s’offre de l’épouser. Florinde se tourne vers Angélique pour la prier de se declarer. Elle annonce que si son pere le trouve bon, elle choisira Silvio. Pantalon y consent. Florinde dit alors que de toutes façons il ne peut que se féliciter d’avoir porté les esprits à l'heroisme et à la gloire. Il demande à Petrone son approbation, et Petrone la lui donne. Pantalon donne l’essor à sa joie; il vante son bonheur; et en donne tout l’honneur à Camille qui témoigne de son coté combien elle y est sensible.

SCENE V et derniere.

Arlequin et tous les autres Acteurs.

Arlequin qu’est instruit de tout, se rejouit avec Pantalon et avec ses filles de leur bonne fortune. Il offre avec transport sa main [p. 376 modifica]à Camille qui l’accepte avec vivacité, et sur le champ. Pantalon termine la Pièce en disant qua le sort de ses cheres filles le fait jouir du plus grand bonheur, et qu’il n’y a pas dans la nature d’amour plus sublime et plus délicieux que l’Amour Paternel.

FIN.

Approbation.

J’ai lù par ordre de Monseigneur le Chancelier, l’Extrait de l’Amour Paternel, Comédie, avec la Lettre Italienne de M.Goldoni, la iraduction de cette Lettre, et la réponse de M. Meslé, et je crois qu’on peut en permettre l’impression. A Paris ce 28 Novembre 1762. MARIN.


Le Privilège et l’Enregistrement se trouvent au nouveau Recueil de Pieces de Théâtre de la Comédie Italienne.

Note

  1. La presente lettera tu riprodotta anche nel t. V (1763) dell’ed. Pasquali di Venezia, dopo il testo italiano dell’Amor paterno, pp. 320-322. Più tardi la ristamparono il Paravia e il Masi.
  2. Ed. Pasquali: sia stata.
  3. Ed. Pasquali: ma neppure so.
  4. Ed. Pasquali: de’.
  5. Seguiamo fedelmente per la grafia il testo dell'edizione originale. Così ora si troverà stampato aves e ora avez, ora scene e ora sçène ecc. - Una traduzione recente di questa medesima lettera, in lingua francese, ci otfre Camillo Antona Traversi nel n. 2, anno li (5 tebbr. 1907), della rivista intitolata L’Italie et la France (C. G. à Paris, p. 36).
  6. Frammento di lettera del Voltaire al Goldoni. 12 giu. 1761. edito nel t. 1 dell’ed. Pasquali: v. vol. I della presente edizione, p. 4. e noto come il Baretti ne ridesse nel n. 22 (13 agosto 1764) della Frusta letteraria e nel cap. 7 dei Discours sur Shakespeare et sur M. de Voltaire (Londra. 1777).
  7. V. lettera di dedica, prefazione e nota storica della Pamela maritata, vol. XVII della presente edizione.
  8. Per opera di Riccoboni figlio: V. voi. VI della presente edizione, p. 502.
  9. Goldoni, Mémoires, p. II, cap. 43; e L. Rasi. / Comici italiani. Firenze, voi. I, (1897), pp. 373-4.
  10. Famoso attore del Teatro Francese: v. Goldoni, Mémoires, p. III, cap. 4 (note di G. Mazzoni nell'ed. Barbera, Firenze, t. II, p. 421 ).
  11. Goldoni, l. c.
  12. Goldoni. Mémoires, P. III, cap. i 4 15. 39 (nota di G. Mazzoni, ed. cit. II, 422).
  13. Carlo Botot Dangeville recitò sulle scene delia Commedia Francese dal 1702 al 1740, e morì nel 1743. Gli succedette sullo stesso teatro il nipote, che cominciò a recitare nel 1730. V. Léris, Dictionnaire portatif dei Theâtres, Paris, 1754; Campardon, Les Comédiens du Roi de la Troupe Francoise etc, Parigi, 1879 ecc.
  14. Goldoni, Mémoires, P. III, cap. 3 (nota di G. Mazzoni, ed. cit., II, 415).
  15. Goldoni, Mémoires, P. III, cap. 3 e 4 (note di G. Mazzoni, I, 401 e II, 414).
  16. Carlo Bertinazzi, detto Carlin, ricordato sopra.
  17. A. M. Mattiuzzi, detto Collallo: v. Mémoires, P. I, cap. 7, e III, cap. 3 (note di G. Mazzoni, I, 458 e II, 416).
  18. Alludesi all’edizione veneziana di C. B. Pasquali, iniziata nel 1761, di cui erano, già usciti 4 tomi.
  19. Questa traduzione trovasi nel cit. I. V (1763) dell’edizione Pasquali di Venezia, pp. 323-231, e fu compiuta per incarico dell’editore stesso, a cui il Goldoni scriveva da Parigi in data 14 febbr. 1763: «Vi è noto aver io stampato un estratto della mia Commedia in Francese. Alla testa di esso vi è una mia lettera al Traduttore, ed una risposta di Lui ecc. Voi sapete da chi avere l’estratto in Venezia; fatela tradurre in lingua nostra Italiana, e stampate la sua ecc.» (I. c. p. 318).
  20. Così l’ed. Pasquali.
  21. Nell’ed. Pasquali è stampato, per isbaglio. perfettissimo. Nel testo francese: très mauvais.
  22. Le regles du Sonnet Italien son les mêmes que celles du Sonnet François, excepté que leurs vers ne sont que de onze piesi, et que les notres en ont douze; chez eux comme chez nous une sillabe fait un pied, et l'on ne compte pas celles qui soffrent l'elision.
  23. [nota originale] L’ épithete de Biondo qui est dans le texte, et qui y va très bien, ne seroit point agréable ici.
  24. [nota originale]: Le Madrigal est un Poeme connu de tout de monde. Le stile métaphorique qui est employé dans celui-ci, a deshonoré pendant un siècle la poësie Italienne. On doit le passer à Florinde. dont le caractere rassemble à celui de bien des gens qui trouvent mauvais tout ce que les autres font, et qui ne peuvent rien produire d’eux-mêmes qui ne le soit encore davantage.